Je suis journaliste. Ceux qui me connaissent ou me lisent régulièrement savent que je supporte très mal de ne pas être au courant de tout ce qui se passe. Je ne suis pas journaliste par hasard. Venant d’une famille de journalistes, j’ai mis cette fatalité sur le compte de l’hérédité, mais en fait, je suis faite pour ça. J’aime savoir, creuser, raconter, partager.

Je suis journaliste, et donc sur-informée. L’actualité, c’est ma vie. Même quand je ne connais pas les détails d’une affaire, je sais quelque chose. Je sais, déjà, qu’il y a une affaire. Je sais toujours quelque chose sur tout. C’est mon travail.

Parce que je suis sur-informée, quand je lis un livre, quand je regarde une série, quand je vais voir un film, c’est pour sortir de mon univers, pour sortir de ma vie. Il n’y a rien d’étonnant à ce que je sois fan de Star Wars ou que je lise plus facilement en anglais (je vis en français, je m’évade en anglais). À ce que j’aime les séries policières, parce que même si elles traitent de la vie réelle et sordide (je ne suis pas naïve, je sais que les meurtres, les viols et les enlèvements, ça existe en vrai), en général, les méchants sont punis et les innocents accusés à tort blanchis.

Je ne lis pas d’autofiction, je ne vais quasiment plus voir de films sociaux, ni réalistes. Je n’ai pas besoin qu’on me montre la vie, j’ai besoin d’en sortir.

MEURTRIE ET GRANDIE
Et pourtant, je suis allée voir Precious. J’avais lu le livre à sa parution, en 1996. Je n’étais pas encore journaliste, je lisais encore des livres sérieux et j’allais (beaucoup) au cinéma voir des films qui font réfléchir. Je n’aurais jamais imaginé que quelqu’un se risquerait à porter cet incroyable roman à l’écran. Il fallait que je voie. Et comme avec le livre, j’en suis sortie meurtrie, et, avec un peu de chance, grandie.

Sapphire, l’auteure de Push, le roman dont est tiré Precious, a choisi de raconter l’histoire de son héroïne à la fois par la voix et sous la plume de celle-ci et, par moments, à la 3e personne. L’écriture évolue au fil du livre, suivant les progrès de cette gamine de 16 ans, illettrée, maltraitée, enceinte d’un deuxième enfant dont son père est aussi le père.

Push est une gifle dans la gueule, vraiment. À la première lecture, à la deuxième aussi. Il faut s’accrocher pour le lire, pour déchiffrer ce que veut dire Precious et pour supporter ce qu’elle vit. Mais ce que l’on en garde en le refermant, ce n’est pas la violence, c’est l’espoir.