Hélène Hazera a défriché le pré-rapport de la Haute autorité de santé (HAS) intitulé « Situation actuelle et perspective d’évolution de la prise en charge du transsexualisme ». Le rapport définitif mis en ligne, elle y revient en essayant de tempérer les réactions associatives.

« Trans’: la HAS et après », par Hélène Hazera
Le rapport final demandé à la Haute autorité de santé (HAS) n’était pas sitôt en ligne, que tout de suite des messages alarmants étaient lancés: « Ils ne veulent pas payer les remboursements de soin! ». Quand le ministère annonça que les soins seraient remboursés mais qu’il avait fallu les cataloguer dans une ALD « maladie rare », ça a recommencé: « on n’est pas des malades! »… À la longue, cette hostilité systématique risque de décrédibiliser les revendications pertinentes. Il faut bien dire que depuis 35 ans que je vis dans cette histoire, je n’ai jamais rien lu comme ce rapport. Du point de vue juridique (avec l’essai de Mme Iacub), psychologique, médical. Rien que du point de vue de l’hormonothérapie des personnes trans’, il y a une foule d’informations qui sont prodiguées qui n’avaient été réunies nulle part. Et les interactions entre antirétroviraux et hormones ne sont pas oubliées. Au hasard des pages, évidemment esquissées poliment, les cinq équipes officielles qui pendant plusieurs législatures se sont taillées une baronnie sur la vie des trans’ avec des abus de pouvoir catégoriques ne sont pas épargnées.

DE GRANDES NOUVELLES
Si l’équipe de la HAS emploie le mot « transsexuel », un peu désuet pour le monde associatif, elle spécifie tout de suite que le terme n’est pas limité aux personnes désirant des opérations de ré-assignement génital. Parfois les grandes nouvelles se retrouvent au détour d’un paragraphe: « La préconisation de la mise en place d’un réseau de soins entourant quelques équipes de référence ne signifie nullement une obligation pour les transsexuels à s’adresser à cette structure, ce qui serait d’ailleurs contraire à la loi qui précise que chacun peut choisir librement son médecin ». Si la HAS avait voulu écrire que des équipes se sont illégalement réservées un monopole, elle n’aurait pas fait mieux. La revendication de choisir son médecin aboutit enfin. De même, l’équipe appelle à une coordination entre le système de santé, l’assurance-maladie, la sécurité sociale et le système judiciaire. Ajoutez l’Éducation nationale et le ministère du Travail, vous avez le comité interministériel enfin capable de travailler à l’amélioration de la condition des trans’. Pour le juridique, la demande de papiers correspondant à sa vie sociale est désormais aussi une demande de santé. Vous aviez lu ça déjà dans un papier officiel?

ZONES DE FRICTION
Il va y avoir des zones de friction. Pour le ministère, « dé-psychiatrisation » ça voulait dire retirer le terme « transsexualisme » de la liste des troubles mentaux. Pour les activistes, « dé-psychiatrisation » ça veut dire « dépathologiser », que les psychiatres n’aient plus leur voix dans le parcours d’un individu trans’, que c’est la personne trans’ qui choisira (comme cela a été le cas pour les personnes qui ne voulaient pas affronter cette épreuve et qui avaient assez d’argent pour tenter l’opération qui en Grande Bretagne, qui en Belgique, qui en Thaïlande où la procédure n’était pas aussi coercitive et le travail mieux fait). Ceux qui plaident le mieux pour le retrait des psys, ce sont les psys eux-mêmes. Page 151 du rapport, un croquis présente un modèle de transition aberrant. Il demande aux aspirants trans’ un « essai de vie réelle », au tout début de la transition, avant d’autoriser une hormonothérapie (demandant même à qui a commencé une hormonothérapie sauvage de l’arrêter pour la reprendre ensuite), c’est totalement irréaliste, quand d’un clic on trouve des hormones sur internet.