antonio-alexandre-sneg-prevagayPrevagay n’a pas fini de faire parler d’elle. Hier, nous avons publié les résultats de l’enquête qui portent sur l’incidence chez les gays, c’est-à-dire le nombre de contaminations par an (lire notre article). L’incidence dans l’enquête Prevagay est de 7 gays sur 100 qui se contaminent chaque année, alors que l’estimation nationale est de 1 pour 100.Un chiffre donc très élevé et que commente pour Yagg Antonio Alexandre, directeur national du Sneg Prévention.

Vous attendiez-vous à ce que l’incidence du VIH, 7%, soit aussi élevée dans Prevagay? À vous parler franchement non. D’abord en ce qui concerne la prévalence [nombre de séropositifs dans une population donnée], je pensais que l’on serait dans une fourchette de 13% à 15%, ce qui correspond globalement au chiffre de prévalence déclaratif lors des différentes enquêtes, comme Baromètre Gay ou l’enquête Presse gay. Ce qui est déjà important dans le groupe social que nous représentons. Or, nous sommes à 17,7% de séropositifs dans l’enquête Prevagay. On espère que les chiffres vont se calmer, mais hélas, d’année en année, les nouveaux diagnostics VIH augmentent parmi nous en même temps que les prises de risques se banalisent. Je ne peux pas m’empêcher de faire le lien entre les deux.

Sur l’incidence, je m’y attendais encore moins. C’est un taux préoccupant pour nous tous et cela remet en question notre capacité à mobiliser les gays autour de leur santé, et au-delà, l’ensemble des politiques face à leur inertie concernant les droits des personnes LGBT. Certains d’entre nous se sentent encore trop vulnérables et sont même parfois en précarité – et ce sont des facteurs importants de prises de risques. L’acceptation, et non la tolérance sous condition, peut être une arme pour développer l’estime de soi et de l’autre, et donc prendre moins de risques.

Ne craignez-vous pas une stigmatisation des établissements de convivialité et de rencontres sexuelles? En préparant Prevagay avec l’équipe de l’InVS [Institut de veille sanitaire], et au fur et à mesure de la publication des résultats, c’est un des aspects les plus importants pour le Sneg: la non-stigmatisation des établissements et des clientèles. Le Sneg a cette année 20 ans d’existence et son équipe Prévention 15 ans de terrain et de partenariats constants avec les exploitants, leurs salariés et leur clientèle partout en France.

En réalisant cette enquête avec l’équipe des délégués, nous nous sommes sentis parfois bien seuls sur le terrain, car par son aspect biomédical, cette intervention a été complexe à mener. Pourtant nous avons été bien accueillis par les exploitants et les clients qui ont accepté de participer à ce focus santé sur notre communauté. Ce qui nous a motivé et ce que nous expliquions aux gays qui ont participé à Prevagay, c’est qu’il est important de connaître la réalité de l’épidémie mais aussi des hépatites afin d’agir au mieux auprès des gays. C’est capital que nous sachions où nous en sommes: avoir une idée collective de l’incidence et de la prévalence pour le VIH, cela doit permettre d’informer chacun d’entre nous et de faciliter encore plus l’accès au dépistage sous toutes ses formes, médical ou communautaire. N’oublions pas que dans Prevagay, 20 % des répondants dépistés séropositifs méconnaissaient leur statut sérologique.

Prevagay plaide aussi en faveur d’une amélioration du dépistage… Parmi les 886 répondants à Prevagay, 63% ont déclaré avoir fait un dépistage au cours des 12 derniers mois. Il s’agit aussi d’améliorer l’écoute et le counselling lors d’un rendu de test car si les gays se dépistent plus que les autres, ils continuent à être la population la plus touchée: il faut peut être se reposer la question de la qualité de l’accompagnement des résultats des tests, et notamment quand ils sont négatifs.