Avec ce nouveau post (les autres sont à retrouver ici), la yaggeuse Septembre fait une incursion dans le domaine très personnel des ex. Avec humour, toujours.

Chassé-croisé, par Septembre
Aujourd’hui, ma vie a failli virer au vaudeville. J’ai croisé l’ex-femme de ma vie. Elle est apparue subitement dans mon champ de vision, là, à deux mètres de moi. Jamais depuis sept mois je n’avais été aussi physiquement proche d’elle. Elle n’était pas devenue une abstraction, non. Je ne l’avais pas oubliée non plus, bien sûr. Mais nos existences étaient devenues parallèles et nos corps invisibles l’un à l’autre.

Alors à la voir là, de chair, de sang, de cheveux et de vêtements, et à être ainsi prise au dépourvu, une giclée d’adrénaline a fusé comme un bobsleigh dans mes veines. Tout le passé a confusément ressurgi en moi pour me statufier. Mon premier réflexe a consisté à trouver refuge derrière le premier poteau, heureusement large, qui me tombait devant le corps. Puis j’ai relevé le col de mon manteau, j’ai adressé une petite prière au destin pour qu’il m’évite une confrontation, et j’ai fendu la foule de la manière la plus discrète et rapide que j’ai pu. Je me suis sentie ridicule, mais je crois être passée inaperçue.

Pour un peu nous jouions une scène à la Feydeau. Après des mois de silence, qui ont succédé à une malheureuse tentative de reprise de contact de sa part, je vois ça d’ici:
Elle (déroutée) Septembre? (À part) Qu’est-ce qu’elle fait là, celle-là? Et c’est quoi, cette coiffure?
Moi Oh, tiens, je ne t’avais pas vue… (À part) Qu’est-ce que je fous là? Et c’est quoi, ce pull? (Haut) Comment vas-tu?
Elle Bien, bien… (À part) Salope! Que crois-tu? Tu m’as brisé le cœur! (Haut) Et toi?
Moi Super. Enfin, la routine, quoi. (À part) Salope! Que crois-tu ? Tu m’as brisé le cœur!
Elle
Moi
Elle & Moi (Très mal à l’aise) Bon, ben, c’est pas tout ça, j’ai à faire.

Que près de trois ans après avoir mis un point final à cette histoire, j’en sois réduite à ce genre de fuite pathétique et misérable est risible. Il faut dire que l’amour, en dépit des erreurs et de la routine dans lesquelles nous nous étions enferrées, a été intense, et la rupture à la mesure de celui-ci: sale, dégueulasse, violente en dépit de nos efforts pour être civilisées. À force d’échouer – à continuer à nous aimer, à pardonner, à trouver des modes de vie nouveaux, puis à construire quelque chose de l’ordre de l’amitié – nous avons fini par nous en tenir au silence. Il y a eu des quiproquos, des incompréhensions, de la colère, des je t’aime moi non plus, de la frustration, des regrets, des accidents, des mensonges, des omissions, de la trahison, rien que du très banal, finalement, quand on écoute un peu les histoires des uns et des autres. Mais il n’y a rien de réconfortant dans le fait de lire son histoire dans celle des autres. Et aujourd’hui, ne reste plus qu’une immense amertume qu’un mutisme de l’ordre du faute-de-mieux tente d’apaiser.

Une de mes plus grandes craintes est que cet apaisement ne soit jamais total. Aimer quelqu’un d’autre est à la fois ma plus grande peur et mon plus grand souhait. Recommencer à aimer, et à souffrir, c’est un poncif, mais les clichés, c’est toujours un peu flippant.

Dans quelle mesure le fait que la lesbienne que je suis a trouvé en elle et pendant sept ans sa pièce de puzzle m’interroge sur le caractère dévastateur et peut-être exacerbé de la rupture dans les couples lesbiens. Le fameux « lesbian drama » qui met un terme sanglant à une entente quasi-gémellaire dans le couple d’homosexuelles m’est-il tombé sur le coin du nez, comme pour tant d’autres? Qu’est-ce qui fait qu’il est si difficile, quand la rupture intervient après des années d’évidence amoureuse, de tourner non pas la page, mais une comédie humaine toute entière? Aujourd’hui cette histoire est bel et bien finie, je n’ai plus la moindre envie de vivre quoi que ce soit d’amoureux avec elle, et indéniablement un deuil s’est fait. Néanmoins, pour être honnête avec moi-même, j’ai le sentiment qu’il manque un épilogue, le dernier mot.

À moins que celui-ci n’existe pas, et qu’il n’y ait là rien d’autre qu’une page blanche. Après tout, je n’ai jamais été très douée pour les conclusions.

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