La France n’a fait aucune déclaration au sujet de la situation en Ouganda depuis le 30 octobre dernier. Ni le chef de l’État, ni le ministre des Affaires étrangères, ni aucun secrétaire d’État n’a cru bon de s’opposer fermement à la proposition de loi anti-gay qui devrait bientôt être soumise au vote dans ce pays et de marquer symboliquement une forte opposition de la France à celle-ci, contrairement aux autres grandes nations.

Si le président ougandais Yoweri Museveni semble, selon ses dernières déclarations mardi dernier, prendre ses distances vis-à-vis de cette proposition de loi suite aux fortes pressions internationales (lire notre article), ça n’est certainement pas par crainte des conséquences dans ses relations avec la France.

Rappelons rapidement, s’il le faut, que cette proposition de loi, « Anti-homsexuality Bill », prévoit entre autres des peines de prison à vie pour les homosexuels et la peine de mort pour les homosexuels séropositifs et les homosexuels « récidivistes », accusés alors d’homosexualité aggravée.

SIX LIGNES EN TROIS MOIS
Un texte particulièrement homophobe et violent auquel la France avait réagi le jeudi 30 octobre 2009 (lire notre article). Dans un point de presse, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères (pas un ministre ni un secrétaire d’état, tout juste un porte-parole) s’était exprimé sur ce sujet dans une déclaration des plus concises, se contentant du strict minimum:

« La France exprime sa vive préoccupation devant le projet de loi actuellement discuté par le Parlement ougandais, qui vise à renforcer la législation en vigueur incriminant l’homosexualité et qui prévoit dans certains cas la peine de mort. La France rappelle son engagement en faveur de la dépénalisation de l’homosexualité et la lutte contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Elle rappelle également son opposition résolue à la peine de mort, dans tous les cas et en toute circonstance. Dans ce contexte, nous appelons les autorités ougandaises compétentes à revenir sur les dispositions pénalisant l’homosexualité, ainsi que sur l’application de la peine de mort, qui est contraire à leurs engagements internationaux. La France soutient pleinement les actions de la Présidence suédoise engagées en ce sens ».

Voilà. Une seule déclaration, qui tient en 6 lignes, en 3 mois, depuis le 13 octobre, jour du dépôt de la proposition de loi au Parlement. Une réaction qui laisse perplexe aussi, qui se contente d’exprimer « une vive préoccupation » – c’est déjà ça –, de « rappeler son engagement », qui n’est pas si évident – il ne suffit pas le dire, encore faut-il le faire –, de rappeler aussi l’opposition de la France à la peine de mort, et de « soutenir les actions de la présidence suédoise » de l’Union européenne (qui a depuis cédé sa place à l’Espagne) plutôt que de s’engager dans ses propres actions.