Si le décès dimanche du musicien Mano Solo laisse un vide dans le paysage musical, il faut également souligner qu’il y a désormais une personnalité publique séropositive de moins en France. Dans le milieu culturel, on se rapproche un peu plus de zéro. Au-delà de la tristesse que je ressens aujourd’hui, je ne peux que me désoler de ce manque, tant la présence de cette maladie dans l’espace public me semble essentielle.

Séropositif depuis 1986, Mano Solo parlait librement de la maladie, et en faisait même une source d’inspiration pour ses chansons. Dès son premier album en solo, La Marmaille nue, il évoque explicitement le sida (au sujet de la paternité: « et même si j’ai le sida, moi ça me coupe pas l’envie, moi j’me dis pourquoi pas »). Des chansons qui évoquaient la solitude et la peur de la mort, mais surtout l’envie de se battre: « plutôt crever que de crever, plutôt mourir que de ne pas vivre ».

« LES GENS M’AIMENT PARCE QUE JE MEURS… »
La puissante émotion qu’il dégageait, la révolte brute qu’il exprimait avec colère avaient fait de lui un chanteur très populaire auprès d’une jeunesse des années 90 qui voyait le sida s’installer durablement dans son avenir. Entendre la détresse d’un jeune homme rebelle et séropositif face à la mort, c’était peut-être le plus beau message de prévention qu’il m’ait été donné d’entendre. Mano Solo donnait envie de rester séronégatif. Sur la scène de l’Eldorado en juin 1997, un an après l’arrivée des trithérapies qui lui offrirent un sursis de quinze ans, il chantait: « et les gens m’aiment parce que je meurs à leur place en quelque sorte… drôle d’histoire ». Si le rôle de « chanteur séropo » lui pesait, c’est peut-être surtout parce qu’il était le seul.

Mano Solo est officiellement mort de « multiples anévrismes ». On observe ces jours-ci un silence assourdissant sur le rapport entre ces anévrismes et le sida ou les traitements, comme s’il était trop dur d’admettre que la maladie a gagné. Ou alors c’est que le franc-parler dont il avait fait preuve et qui aura inspiré de nombreux jeunes à se protéger ne lui a pas survécu.

Quelques morceaux pour découvrir ou redécouvrir Mano Solo:

Si vous n’arrivez pas à écouter le player ci-dessus, cliquez ici.

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