Madjid Ben Chikh, né en 1965, est enseignant à Tokyo. Le 17 décembre dernier, il a lancé un groupe sur Facebook contre le projet de loi homophobe en Ouganda. Un appel qui a déjà été soutenu par plus de 25000 personnes. Après le rassemblement du 4 janvier à Paris (voir notre reportage), auquel une centaine de manifestants ont participé, nous avons voulu en savoir plus sur celui qui en a été à l’origine et pourquoi il avait choisi la mobilisation virtuelle via Facebook. Madjid Ben Chikh explique également quelles suites il compte donner à ce mouvement.

Madjid, quel est ton parcours personnel et en particulier militant? Je suis né d’un père algérien ayant combattu pour la 7ème wilaya du FLN, et d’une mère sarthoise qui s’est installée à Paris au milieu des années 50. Mon père était ouvrier, il était syndiqué. D’abord à la CGT, puis il est entré à la CFDT métallo. Il était très politisé, de gauche, bien que très conservateur en ce qui concerne les mœurs. C’était un immigré atypique, qui était parfaitement trilingue: il parlait français, arabe (ce qui n’était pas sa langue maternelle) et kabyle. Ma famille est de la vieille aristocratie religieuse musulmane, les Marabouts. La culture et le respect de soi sont les deux piliers de ce qu’il m’a transmis. Il est décédé d’un cancer du sang dû à une exposition à l’amiante, à l’âge de 62 ans, après avoir été au chômage pendant près de 10 ans. Statistiquement, mon père est synchro avec sa classe sociale. Ma mère, elle, est conservatrice, catholique. C’est-à-dire réactionnaire, mais ouverte et généreuse. Autant dire que la politique est dans ma vie depuis longtemps. J’ai flirté avec l’extrême gauche quand j’avais 15-16 ans, comme ça se faisait à l’époque, j’en tire une culture de fond, des principes. Mais c’était le PSU qui m’attirait le plus. J’ai toutefois rejoint le PS en 1985, dans la foulée des élections européennes de 1984 où le FN, avec 11%, avait dépassé le Parti communiste. J’étais un jeune rocker politisé, une espèce rare à ce moment-là. Parallèlement, j’étais out. Je traînais avec la bande des gays PTT, et je me suis retrouvé dans le lancement de L’Escargot, l’ancêtre du Centre LGBT. C’est comme ça que j’ai rencontré des gens comme Jeanne d’Arc, Jean Le Bitoux, Pablo Rouy… Jeanne d’Arc est un des types qui m’impressionnaient le plus. Il pouvait être folle, mais quand il était sérieux, une intelligence… J’ai quitté le Parti socialiste vers 88-89.

Comment as-tu connu Act Up-Paris? Un jour, un ami m’a dit de venir très tôt dans le jardin derrière Notre-Dame, et Act Up est entré dans ma vie. Comme L’Escargot: au second plan. J’ai pris ma carte, j’ai fait des collages, des picketings, quelques actions, comme une à l’hôpital Tarnier où j’ai pu bavarder avec Cleews [deuxième président d’Act Up-Paris, de 1992 à 1994], qui est quelqu’un qui m’a laissé sur le cul. J’ai traîné avec quelques socialistes aussi. J’aimais l’énergie. Mais je ne suis pas un militant gay. Je suis un « politique ». J’ai bien vaguement fréquenté Homosexualités et Socialisme, mais bof…

J’ai repris des études d’histoire en 1993, après m’être retrouvé au RMI en 1992. Professionnellement marginal, écrivant pour Illico puis pour Pascal-Abel Basque [alors rédacteur en chef d’Exit]. À Paris I, je n’ai pas pu m’empêcher d’agir, et s’est créé Spont’Ex, un groupuscule SPONTané et EXistentialiste. On était six, tous très différents. Avec seulement l’appoint de deux autres militantes du Scalp, on a fait débrayer Paris I lors du CIP: seule fac en grève à Paris. Quand Jospin a pris le PS en 1995, alors que je ne comptais pas voter pour lui, j’ai pensé: « il va y avoir des tracts ». Et il a fini par me charmer. J’avais les contacts nécessaires pour créer une section socialiste en un claquement de doigts. Ce que j’ai fait. La section Montesquieu. Une bande d’intellos. J’ai à nouveau quitté le PS en 1999 suite à un grave désaccord sur la politique internationale au sein de la commission fédérale.