Sur la communauté, le yaggeur Marcus livre son regard sur Victim, un film de 1961 avec Dirk Bogarde, ressorti depuis quelques mois sur les écrans français – il est projeté en ce moment au cinéma Utopia Saint-Siméon, à Bordeaux. Il est également disponible en DVD, en import.

Nous reproduisons le post de Marcus ci-après (les intertitres sont de la rédaction).

Victimes, par Marcus
Victim (qui ressort en salle en ce moment), réalisé en 1961 par Basil Dearden, est un film à thème, militant même, s’appuyant sur le « drame » de l’homosexualité, comme on n’oserait plus le qualifier dans nos sociétés contemporaines occidentales (mais qui se rappelle chaque jour à nous dès que l’on considère le reste du monde).

ÉTONNANTE MODERNITÉ
À cette époque en effet, au Royaume-Uni, les relations entre personnes du même sexe étaient prohibées jusque dans le cadre intime (l’interdiction ne sera levée qu’en 1967) et surtout passibles d’emprisonnement. L’ingéniosité du scénario consiste à s’appuyer sur les implications collatérales de cette loi pour élaborer une intrigue policière qui puisse retenir l’attention de l’opinion publique, engager une réflexion, voire susciter un débat. De fait, évitant les pièges du manichéisme, Victim apparaît rétrospectivement d’une étonnante modernité d’un point de vue sociologique.

Boy Barrett, jeune comptable homosexuel victime d’un chantage, choisit de se suicider plutôt que de révéler l’identité de celui qu’il aime et dont il suit assidûment la carrière en collectionnant des coupures de presse: Melville Farr. Non dénué de cynisme, ce brillant avocat de 40 ans, promis au poste de procureur, mène une existence des plus respectables aux côtés de son épouse. Mais apprenant les conditions dans lesquelles Boy a renoncé à la vie et se sentant pris de remords pour n’avoir pas répondu à ses derniers appels, il décide de lui rendre justice en traquant lui-même les maîtres-chanteurs qui élisent leurs proies parmi les clients d’un pub. La galerie de portraits suscitée par cette investigation dresse un catalogue des peurs et des préjugés qui, tout autant que la loi, opprimaient les homosexuels, ravalés au rang d’anormaux.