Oyez la triste et merveilleuse histoire de Miguel de Molina dit « La Miguela » – version poilue de Marlene Dietrich. Chanteur gay, un temps prostitué, « folle rouge » persécutée par le régime franquiste, s’évadant au propre comme au figuré: Mexique, Argentine et partout music-hall! À Buenos Aires, il deviendra le protégé d’Eva Perón. Et connaît l’apogée de sa carrière tandis que la madone dépérit d’un cancer.

Dans Tatouage, volet le plus diable de son grand cabaret tripartite et osé (+ Trois tangos + Cabaret Brecht Tango Broadway), Alfredo Arias fait littéralement dialoguer ces destins croisés. La part inconnue d’Evita: son goût pour Dior, sa discrète répudiation maritale, sa maladie, la cavale de son cadavre promu sainte relique. Et parallèlement, la trajectoire de Molina: génie polyvalent du dancing dont il explore les raffinements, lointain précurseur maquillé-maniéré de Bowie. Les voilà vieux ou morts, peu importe, l’un à l’autre ils se confient.

BROADWAY N’EST JAMAIS TRÈS LOIN
Sur scène, selon une subtile démultiplication, trois comédiens incarnent l’artiste aux divers âges de sa vie. Alfredo Arias est Miguel vieillissant, fragilisé et fil rouge de la pièce; Marcos Montes le même au mitan de sa vie; Carlos Casella est Miguelito, la jeunesse flamboyante. Ces boys papillonnent, se toisent, se caressent parfois, zigzagant dans cette « auto-mêlée » parmi les femmes. Une rivale et une matador amoureuse, les viriles Conchita et Malena (Alejandra Radano dédoublée) aussi pugnaces que les chemises noires ibériques. Et la première dame d’Argentine en chapon généreux et meneuse de revues d’un autre temps (Sandra Guida), mi-Marilyn, mi-Madonna. Normal, dans le bordel latin d’Arias, Broadway n’est jamais très loin.