Le 22 décembre dernier, Yagg avait alerté la Mairie de Paris au sujet d’une vidéo homophobe et transphobe de sa campagne de prévention contre le « binge-drinking » (lire notre article). Aujourd’hui, la rédaction de Yagg signale à nouveau un dérapage émanant d’une campagne de prévention participative en ligne, autrement dit ouverte aux contributions des internautes.

L’opération VIH Pocket Films, lancée depuis le 1er décembre 2009 par Sidaction, le Crips Ile-de-France et le Forum des images, avec le soutien de plusieurs ministères dont celui de l’Éducation nationale, est, dixit l’intitulé de l’opération, « un concours national de films sur internet, ouvert à tous. Chacun est invité à réaliser des films tournés avec téléphone portable traitant des enjeux actuels de la lutte contre le sida: prévention, dépistage, traitement, lutte contre les discriminations, solidarité ».

« L’objectif est double, selon le site du ministère de l’Éducation nationale, faire émerger un discours citoyen, et faire acquérir des connaissances sur la maladie ».

« SALE OU PAS SALE »
Or, quand on regarde la vidéo intitulée « Sale ou pas sale », postée sur Dailymotion le 9 décembre dernier, on peut se demander de quel « discours citoyen » on parle!

La vidéo met en scène un jeune homme, Omar, qui raconte à son amie Sarah (qui le filme avec son téléphone portable) son aventure sexuelle avec « Noémie la cradingue ». Omar raconte: « Je l’ai larguée direct, elle a même pas passé la nuit chez moi. Un petit coup, au revoir. […] Par contre, je suis passé par la pharmacie, j’ai pris une douzaine de préservatifs, pour me protéger bien sûr, t’as vu comment elle est? ». Et l’amie de répondre: « Oui, là, je crois que tu avais vraiment intérêt à te protéger ». Puis Omar remarque une jeune fille dans la rue qui lui plaît et qui va lui faire oublier cette « p…de Noémie » (le « pétasse » est bipé). Sarah, en parlant de la future conquête d’Omar: « Disons qu’elle est propre, elle « . Omar acquiesce: « Elle est super propre, et en plus elle est bien sapée. Même pas de protection là, je vais laisser ma douzaine de préservatifs chez moi, je pars tranquillement là, ya pas de souci ».

La vidéo « Sale ou pas sale »:

Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo, cliquez ici.

Édifiant, non? Le message dangereux de cette vidéo – on se protège du VIH et des autres IST en fonction de l’apparence physique d’une personne –, qui plus est misogyne, est-ce le « discours citoyen » que veulent promouvoir les organisateurs de cette opération? Une opération qui stipule pourtant dans son règlement qu’elle refuse toute vidéo à caractère discriminatoire ou portant atteinte à la dignité humaine (à l’heure où nous écrivons ces lignes, le site officiel de VIH Pocket Films est inaccessible).

Un dérapage qui pose une fois de plus la question de la modération de ce type de campagne. C’est bien joli de vouloir se donner une image moderne en laissant la parole aux internautes, encore faut-il ne pas laisser dire n’importe quoi.

[Mise à jour 17h24] Antonio Ugidos, du Crips, fait part de sa réaction dans les commentaires. Nous la reproduisons ci-après:
« Très sales/ Très bêtes/ Très méchants
Chers amis de Yagg, Sale ou pas sale est évidemment à prendre comme une charge pour ridiculiser les discours sexistes et les fausses méthodes de prévention. Lors du visionnage du film il nous est apparu – à tort visiblement – qu’il était « tellement » trop caricatural, trop bête et trop méchant qu’il ne pouvait susciter que la réprobation et le rejet du personnage et de son discours. Cela n’est visiblement pas assez clair et nous allons donc le retirer du concours. Encore merci de suivre avec vigilance ce projet. Cordialement. Antonio Ugidos (Crips) ».

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