Les dernières œuvres du duo Pierre et Gilles sont exposées à la galerie Jérôme de Noirmont, à Paris, jusqu’au 23 janvier prochain sous le titre Wonderful Town. Un an après la grande rétrospective du Jeu de Paume, c’est l’occasion de découvrir quelques nouvelles œuvres baignées dans une atmosphère sombre de ville détruite, par la pollution ou les guerres, où des jeunes hommes semblent parfois des mannequins cassés et abandonnés sur des tas d’ordures parsemés de paillettes.

SYLVIE POUR TOUJOURS!
Pierre et Gilles aiment sincèrement Sylvie Vartan et ça se voit dans les deux portraits de la chanteuse actuellement exposés chez Jérôme de Noirmont. Ils ont donné à ces portraits des titres de chansons de Sylvie, dignes d’un téléfilm de début d’après-midi, celui que l’on regarde en repassant le linge: Toutes les femmes ont un secret et De l’autre côté de l’amour. La star est très belle sur ces deux œuvres, comme tout le monde est toujours très beau dans l’univers retouché et coloré de Pierre et Gilles. Mais cette beauté n’est pas seulement due aux mises en scènes photographiques expertes de Pierre et aux patients coups de pinceaux de Gilles. Elle tient principalement au regard que les deux hommes portent sur les modèles qu’ils ont choisi en vertu d’une affection sincère. Raison pour laquelle les portraits de Sylvie Vartan sont plus réussis que celui d’Amélie Nothomb.

AMOUR, GLOIRE ET BEAUTÉ
On connaît bien la formule de Pierre et Gilles (icônes populaires, retouches à la peinture, univers gay stéréotypé de Saint Sébastien et de marins) et on pourrait s’attendre à s’en lasser. On pourrait par exemple leur reprocher d’intégrer sans vergogne des travaux de commande dans cette exposition qui se présente comme une sombre méditation sur la ville moderne. On pourrait aussi leur reprocher d’avoir abandonné le charme des tirages argentiques retouchés pour des tirages numériques sur toile qui alourdissent un peu les œuvres. Mais leur œuvre se nourrit non seulement de l’histoire de l’art dans ses traditions les plus conservatrices, art du portrait et néo-classicisme pompier, mais aussi et principalement de culture populaire et commerciale. Ainsi ces œuvres récentes sont de vrais tableaux: sur toile, encadrés, excessivement chargés de peinture. On peut les voir comme une suite tout à fait logique et cohérente d’un travail tout à la fois pop, kitsch et camp, entamé il y a plus de 30 ans.