Parce que le malheur des uns fait le bonheur des autres, réjouissons-nous! Noël inspire indéniablement Septembre… (Les intertitres sont de la rédaction)

A Christmas Carol, par Septembre
La vogue des best-of de l’année, des meilleurs moments de 2009 et autres bilans de la décennie doit me porter sur les nerfs en même temps que les fêtes de fin d’année. J’ai fait  cette nuit un rêve à la Christmas Carol de Dickens où les fantômes de mon passé sont venus me visiter.

Ça commençait par un cours de gymnastique, où mon ex la plus récente avait décidé de m’accompagner contre mon gré. Elle surgissait brutalement à mes côtés tandis que je procédais à quelques étirements. C’est mon premier fantôme. En short. Appelons-la Germaine. Dans la version érotique de mon Christmas Carol, ça aurait dû se terminer par une douche torride dans les vestiaires. Que nenni, mon fantôme entreprenait un monologue sur sa vie et son œuvre qui détournait mon attention du cours de gymnastique. Je rate même ma vie éroticonirique. La preuve, dans mon dernier rêve érotique en date, j’étais hétéro et mon partenaire était aussi inconsistant, lisse et dégourdi qu’un mannequin de chez Mattel. Bref, plus Germaine parlait, plus elle me tapait sur le système. D’ailleurs, je m’apercevais soudain qu’il n’y avait pas de prof dans la salle où je me trouvais, que tout le monde avait déménagé dans la pièce voisine, désormais bondée et inaccessible. Plus question de faire de la gymnastique (en ce moment, les excès de table me travaillent). Un peu agacée, quand même, je me retournais vers Germaine pour la prier de me fiche la paix.

Mais au moment où je levais le poing pour le lui signifier, j’aperçus la proche amie d’une autre ex surgir dans la salle, apparemment très énervée, au vue de son pas martial de femme ultra-décidée à en découdre. Appelons-la Christiane. Et appelons Sigourney l’ex dont elle est l’amie : c’est un prénom dans l’air du temps, et il me faut une guest-star hollywoodienne dans mon casting, ce sera plus glamour. Christiane, donc, se plante sous mon nez (à ce stade du rêve, Germaine s’est mystérieusement volatilisée, et au réveil je la soupçonnerai d’être allée entreprendre de la gueuse dans les vestiaires). Elle me somme de la raccompagner en voiture au parc. « Ce serait gentil, merci », ajoute-t-elle de façon menaçante. Consternée mais muette, je hoche la tête. Elle me tend alors un billet, écrit de la main de Sigourney: « Nous avons rendez-vous à 15h58 ». Alors là, je n’y comprends plus rien. Ça fait des lustres que je n’ai pas eu de nouvelles de Sigourney (ndlr: cette phrase surréaliste me procure une intense satisfaction), et à vrai dire je n’y tiens pas du tout. Mais les termes du rendez-vous sont péremptoires, par conséquent je charge Christiane dans ma voiture, d’où elle disparaît aussitôt que j’ai passé la première, et je me rends au fameux parc. Lequel ? mystère. Mais il me semble le reconnaître quand j’en approche. Il ressemble furieusement à celui du lotissement où résident mes géniteurs.

« GHOST OF CHRISTMAS PAST »
D’ailleurs, nom de nom de nom, je suis chez eux. Quand j’entre, c’est le réveillon de Noël, et d’ailleurs il fait nuit. Dans le salon sont assis sur un canapé, muets, mes parents et ma sœur. Ils font face à Sigourney et sa mère, laquelle est en pleurs, dans un autre canapé.

« Ebenezer, me dit ma mère, j’ai cru bon d’inviter Sigourney et sa maman pour le réveillon. »
(En fait, dans mon rêve, ma mère m’appelle par mon véritable prénom, mais la cohérence narrative m’impose de me transformer en personnage de Dickens, et, après tout, je partage avec Scrooge le fait d’abhorrer Noël et la réputation d’un être sans cœur)

Je suis consternée, mais je m’assieds. Je ne sais pas pourquoi mon ex-belle-mère pleure et je ne le demande pas. Je suis trop atterrée d’être assise aux côtés de Sigourney, mon Ghost of Christmas Past, pour faire autre chose que de me comporter en spectatrice. Laquelle se lance à son tour dans un monologue – décidément, c’est la tendance de cette fin d’année. Elle parle de sa petite amie actuelle. Appelons-la Blanche de Castille. C’est absurde comme l’ensemble de ce conte cauchemardesque. Et elle en parle violemment, de sa Blanche de Castille: « Elle s’est rasé le crâne et elle porte des cravates. C’est ridicule. Et elle m’ennuie. Elle est pathétique. Elle est tout le temps là, omniprésente. Une tique. » Plus le monologue avance, plus les récriminations sont odieuses et plus je suis gênée.  Ma famille reste silencieuse et impassible, on dirait des statues de marbre.

Heureusement, je réalise en levant la tête que la pièce s’est remplie de gens. On dirait une soirée huppée entre individus de bonne compagnie : il y a des femmes avec des plumes sur la tête, des hommes en smoking, ça jacasse la coupe de champagne à la main, il y a même des ballons au plafond. Dans la foule, j’aperçois une collègue décédée cet été, la seule tête que je reconnaisse. C’est mon troisième fantôme de Noël. Appelons-la Françoise. Je fends tant bien que mal la foule, ce n’est pas facile, on dirait que je suis invisible et quand j’enfonce mes coudes dans quelques côtes pour passer, ça ne perturbe pas même les conversations et les rires des convives. J’arrive finalement sous le nez de Françoise, qui a l’air à la fois mélancolique et dubitatif. Je lui demande: « Alors, tu es revenue? C’est comment, là-bas? ».

Elle me regarde vaguement, elle hausse les épaules, avale d’un trait sa coupe de champagne et part.

Décidément, je crois que je hais autant Noël que mon inconscient.

Retrouvez les posts des yaggeurs et des yaggeuses sur la communauté. Et si vous aussi vous êtes fan de Septembre, rejoignez le Lobby pour le Goncourt de Septembre!

Envie de plus d’infos Yagg? Inscrivez-vous gratuitement à la newsletter.