Du mieux pour le monde de la nuit? Selon un décret publié dimanche 27 décembre au Journal officiel, les discothèques pourront dorénavant être ouvertes jusqu’à 7 heures du matin, partout sur le territoire français. Jusqu’à présent, l’heure limite de fermeture variait d’un département à l’autre avec des écarts parfois importants. Le texte instaure également une heure et demie dite «blanche». À partir de 5h30 donc, les établissements ne pourront plus servir d’alcool.

Cette mesure est censée permettre de limiter les risques d’accident liés à l’alcoolémie et de redynamiser également le monde de la nuit français par rapport au reste de l’Europe. Une nouvelle qui devrait réjouir les clubbeurs mais qui divise déjà les professionnels…

Éric Labbé (photo), de My Electro Kitchen, est disquaire, organisateur de soirées et l’un des principaux rédacteurs de la pétition en ligne “Paris: Quand la nuit meurt en silence ». Yagg a demandé à ce principal intéressé de nous confier ses premières impressions sur cette nouvelle mesure.

En tant qu’organisateur de soirées et acteur de la nuit, que pensez-vous de ce décret? Il est encore un peu tôt pour se prononcer sur cette mesure et sur les conséquences qu’elle aura. Pour l’instant, on est vraiment dans l’expectative. C’est un décret qui est reçu très favorablement en province, mais pour ce qui est de Paris, on s’interroge…

En terme de consommation d’alcool, par exemple, le fait d’arrêter tôt de proposer des consommations n’a pas la même justification en province qu’à Paris. En province, où les gens reprennent le volant pour rentrer chez eux, la justification en terme de sécurité routière, d’accidents de la route liés à l’alcoolémie est évidente… Mais à Paris, les gens rentrent chez eux principalement en taxi ou avec les premiers métros [ndlr: vers 5h30], ce qui fait qu’au moment où l’on ne vendra plus d’alcool, ils commenceront à rentrer chez eux. Je n’ai donc pas vraiment l’assurance que cette mesure me permettra de finir plus tard mes soirées, au contraire…

Par rapport à la pétition que vous défendez pour relancer les nuits parisiennes, cette mesure n’est donc pas vraiment une avancée? Pour moi cette mesure marque peut-être la mort des afters. Jusqu’à présent, on n’avait pas vraiment d’horaire. Ça dépendait des autorisations. Il m’est arrivé d’organiser des soirées qui se terminaient à 8 heures du matin. J’ai peur que cette mesure produise l’effet inverse. En tant qu’organisateur de soirées, cette mesure risque plutôt de me restreindre que de me faire finir plus tard.

En province évidement on s’en réjouit. Les jeunes du Nord Pas de Calais seront certainement moins tentés d’aller faire la fête en Belgique plutôt que dans leur propre région, où ils pourront maintenant sortir plus tard. À Paris, je redoute l’effet inverse.

Vous n’êtes donc pas d’accord avec le Synhorcat, le deuxième syndicat de la profession, qui parle dans une dépêche AFP de « grande victoire », pour « redynamiser des villes comme Paris (…) qui passaient pour des bonnets de nuit en comparaison de Berlin, Londres ou Barcelone »? Cette réaction ne tient pas la route, rien ne nous dit pour l’instant que cela va améliorer la situation dans une ville comme Paris. J’ai franchement peur que l’on régresse.

Où en êtes-vous, enfin, avec cette pétition « Paris: Quand la nuit meurt en silence »? (lire article précédent) Le Conseil de Paris a voté « les États généraux de la nuit », l’une de nos revendications. Il s’agit d’organiser régulièrement une rencontre entre des acteurs locaux et les interlocuteurs de dimension nationale (ministères de la Culture, de l’Économie, du Tourisme, la Sacem…) pour faire le tour des problématiques liées à la nuit. Le Conseil de Paris a également voté une enveloppe budgétaire pour 2010, ce qui semble être une très bonne nouvelle. Une autre de nos revendications était de relancer le dispositif de « l’Observatoire des lieux musicaux à Paris », un outil de médiation entre la Préfecture, les gérants de lieux de sorties et les riverains, pour traiter des questions juridiques et techniques, pour qu’il soit enfin opérationnel. Et finalement, la prochaine réunion de cet observatoire se tiendra le 1er février. On avance donc. On va maintenant attendre la fin des fêtes pour voir, début 2010, comment tout cela évolue.

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