Un post de la yaggeuse Septembre, c’est toujours un cadeau. Et elle en a écrit un pile poil pour Noël. Enjoy!

Livret de famille, par Septembre
J’ai beau ne pas aimer la période des fêtes de fin d’année plus que les huîtres, que j’aimerais aimer mais qui ne sont définitivement pas à mon goût, Noël nourrit toujours non seulement mon estomac, mais l’espoir d’un petit bien-être supplémentaire, d’une concorde générale, de démonstrations d’affection en bonus, en somme qu’il demeure un petit quelque chose de ce qu’on me donnait quand j’étais enfant, quand la fin du mois de décembre représentait encore le point d’orgue de mon existence.

Mais autant mes poignées reçoivent un surcroît d’amour grâce à force foie gras et autres chapons, autant les retrouvailles familiales sont source de tensions, comme si la fin de l’année nous poussait tous à tirer les couteaux. Pourtant je crois appartenir à une petite famille aimante, et d’ordinaire, les réunions de famille sont plutôt paisibles voire franchement rigolotes. Hormis la fatigue que tout le monde a accumulée, je ne sais pas ce qui génère ces tensions : c’est comme si on était enfermés dans un four à micro-ondes et que le plateau tournait doucement jusqu’à l’explosion.

Cette année une remarque de ma mère m’a fait réfléchir sur le sujet. Je m’étais levée mélancolique et songeais aux sept années passées avec la fille que j’aimais jadis. J’ai toujours regretté de ne pas avoir fêté Noël en sa compagnie, cette période étant traditionnellement pénible pour elle qui sacrifiait aux rituels familiaux contre son gré, et peu réjouissante pour moi qui n’y vois plus depuis longtemps qu’une espèce d’habitude mécanique et vide de sens – d’ailleurs, quelques mois avant notre rupture, nous nous étions promis de faire le prochain réveillon ensemble. Quelle ironie. Sur ces méditations qui accompagnaient mon premier café de la journée, ma mère fait donc son entrée et rapporte les dernières nouvelles du village. Une vague connaissance d’enfance était enceinte et passait le réveillon chez ses parents sans le père de l’enfant qui, lui, avait rejoint ses propres géniteurs quelque part en Navarre. Sur le coup, je m’étonne à voix haute de la situation, ce à quoi ma mère acquiesce, avant que j’ajoute:

– Remarque, quand j’étais en couple, on n’a jamais fait le réveillon toutes les deux.
– Ah mais ce n’est pas pareil, rétorque ma mère, vous n’aviez pas d’enfant.
– Ah bon ?
– Quand on a des enfants, on forme une famille, là c’est normal de passer Noël ensemble. Sinon chacun peut retourner dans sa famille.