Le verdict est tombé hier soir. Kevin Boucher et Cédric Thomasse, qui comparaissaient depuis lundi dans un procès pour crime et violences homophobes, viennent d’être condamnés par la cour d’assises du Nord, à Douai, respectivement à 15 ans et 8 ans de réclusion criminelle. Le caractère homophobe de leurs actes de violences a été reconnu.

Me Jean-Bernard Geoffroy, l’avocat qui représentait le Collectif contre l’Homophobie – partie civile dans cette affaire –, nous éclaire tout au long de cet article sur ce procès.

RAPPEL DES FAITS
Il y a près de deux ans, deux joggeurs faisaient la macabre découverte du cadavre d’un sexagénaire presque nu, le visage tuméfié et ensanglanté, dans un jardin public du centre-ville de Cambrai connu pour être un lieu de rencontres homosexuelles. La police avait rapidement fait le lien avec l’agression de deux homosexuels survenue la veille dans le même jardin public.

En effet, le 19 janvier 2008, Kevin et Cédric, 18 et 26 ans à l’époque, se rendent une première fois dans ce jardin public. Ils y agressent avec une extrême violence deux homosexuels vers 18h. L’une des victimes est emmenée d’urgence à l’hôpital. Quelques heures plus tard, vers 22h30, les deux agresseurs reviennent dans ce même jardin public et y rouent de coups Antonio Paulo Sales, qui meurt des suites de ses blessures vers 6 heures du matin.

Les deux premières victimes ont pu identifier leurs agresseurs, ce qui a permis à la police de les interpeller rapidement. Ils ont de suite reconnu les faits mais ont toujours nié la motivation homophobe de leurs agressions.

« RECONNUS COUPABLES DE TOUS LES CHEFS D’ACCUSATIONS »
Devant la cour d’assises, Kevin Boucher et Cédric Thomasse étaient poursuivis pour vol suivi de violences ayant entrainé la mort sans intention de la donner. « Ce chef d’accusation ne permet pas de retenir la circonstance aggravante du caractère homophobe de l’agression », explique Me Geoffroy.

Ils étaient poursuivis également, dans le cas des deux premières agressions, pour violences ayant entrainé des périodes d’ITT avec circonstance aggravante de l’orientation sexuelle et pour extorsion en réunion avec circonstance aggravante de l’orientation sexuelle.

Les jurés les ont reconnus coupables de tous ces chefs d’accusations et la cour a bien retenu le caractère homophobe des violences volontaires qui n’ont pas entraîné la mort des deux victimes, à chaque fois que les chefs d’accusation le permettaient.

« Ce qu’il faut retenir de ce procès, c’est que dans cette cour d’assises, un jury populaire a reconnu le caractère homophobe d’une agression, cette décision est une preuve de la reconnaissance par la société de la nécessité de prendre en compte le caractère homophobe de ce genre d’affaires », souligne l’avocat.

« LA QUESTION ÉTAIT DE SAVOIR SI L’ACTE ÉTAIT HOMOPHOBE »
Lors de la première journée du procès, Kevin, l’un des deux accusés, faisait la troublante déclaration de son agression sexuelle lorsqu’il était enfant et de son orientation sexuelle. À la question « Êtes-vous homosexuel? », il avait répondu « oui ». La cour s’était alors interrogée, au cours de nombreux débats, pour savoir si le caractère homophobe était à retenir.

Est-il vraiment homosexuel? Est-ce une stratégie de défense? Pour l’avocat des parties civiles, « la question n’est pas de savoir si les auteurs des faits sont homophobes, mais de savoir si leurs actes l’étaient ».