Donald Potard

Donald Potard tient sur Yagg le blog Uncross Your Legs! sur « les jeunes créateurs et les coulisses de la mode ».

Dans son nouveau post (que nous reproduisons ci-dessous), l’ancien président du groupe Jean-Paul Gaultier, actuellement aux commandes d’Agent de luxe, analyse les déboires de la maison Christian Lacroix: abandon de la haute couture et du prêt-à-porter, licenciement de 90% des effectifs.

Et pose la question: « Pourquoi cette déroute aujourd’hui? » (les intertitres sont de la rédaction).

« CHRISTIAN LACROIX OU LE TRIOMPHE DU MISMANAGEMENT », PAR DONALD POTARD

Ce qui arrive à la maison Christian Lacroix est proprement scandaleux! Christian Lacroix est l’un des grands créateurs du siècle, nul ne peut ni ne doit en douter. Son talent, sa gentillesse, son humour font de ce génie de la création l’une des personnalités les plus originales de l’intelligentsia parisienne. Son inspiration, puisée au cœur de la Provence, relookée à l’aune des défilés parisiens, a fait le tour du monde. Son nom est connu de San Francisco à Tokyo, trois expositions de ses créations font le tour de la planète en permanence, le public fait la queue pour les voir. Alors pourquoi cette déroute aujourd’hui?

Un système un peu absurde

La haute couture est une vitrine, un produit d’appel. Mais c’est clairement une façade.
 Elle permet de créer de l’image, de l’image, et encore de l’image. Cependant, ce qu’on sait moins c’est qu’à elle seule, non seulement, elle ne rapporte pas d’argent, mais elle en coûte énormément. Que chaque modèle fabriqué fait perdre plus d’argent qu’il n’en rapporte. En fait, ce système un peu absurde fait qu’une collection montrée et non fabriquée serait plus économique qu’une collection que l’on réplique.

En effet, il est impossible de répercuter l’ensemble des coûts de fabrication, et pour que chaque modèle vendu soit rentable, il faudrait en multiplier la marge par deux ou trois car celle-ci est horriblement basse, voire négative. Ce n’est certainement pas un modèle économique à suivre en tant que tel. Alors, me direz-vous, pourquoi continuer cet art aujourd’hui?

Plusieurs réponses.

Imaginez la mode comme un train à vapeur: la locomotive/couture tire les wagons/produits. La locomotive consomme du charbon pour avancer. S’il n’y a pas de wagons accrochés, elle consomme pour rien et n’ira pas loin. Cercle vicieux. Si elle tire de nombreuses voitures, 1ère classe, 2e voire 3e classe, marchandises, les passagers et les marchandises servent à payer le charbon et même plus. Le train peut rouler indéfiniment. Cercle vertueux.