Le yaggeur VonEristoffEffect (son profil, ici), livre ses impressions sur Scènes de chasse en Bavière (1969), de Peter Fleischmann, qui ressort au cinéma (actuellement à La Filmothèque du Quartier latin, à Paris). L’histoire d’un homo persécuté par les habitants de son village natal. Une œuvre essentielle, qui a inspiré de nombreux cinéastes, dont Michael Haneke. À découvrir ci-dessous et sur la communauté (les intertitres sont de la rédaction).

« Bêtes et méchants: European Beartrap », par VonEristoffEffect

Après la ressortie de La Rumeur il y a quelques mois, encore un film qui traite des répercussions du commérage institué en ciment social et de la stigmatisation de l’homosexualité par l’ignorance.

S’il s’agit-là encore d’une adaptation théâtrale (de la pièce de Martin Sperr), le parti pris est sensiblement différent. Alors que l’hystérie collective se manifestait hors champ chez Wyler, tout en portes refermées, regards baissés et menaces sourdes, Peter Fleischmann (ndlr: le réalisateur de Scènes de chasse en Bavière) concentre son regard principalement sur les serpents armés de leurs pommes (d’Adam), sur les instigateurs du drame.

Scènes de chasse en Bavière raconte le retour d’un jeune homme, Abram, dans son village natal. Très vite, il est devient l’objet des railleries et quolibets au fur et à mesure que la rumeur de son homosexualité enfle.

Ce qu’il y a d’extrêmement malaisant et perturbant, c’est le caractère somme toute relativement banal, familier, quotidien de ces échanges, notamment dans cette fierté avec laquelle la bêtise crasse et sommaire est brandie et le caractère « distrayant » de la complaisance dans la méchanceté instinctive semble naturel. L’air du village est vicié par le plaisir que prennent les habitants à spéculer sur la condition du jeune homme, qui ne nie et ne confirme pas, semble comme assommé par cet archaïsme d’un autre temps, déconnecté de leur réalité en vase clos. Il déambule hagard parmi eux, ne réalisant pas leur violence tout de suite, et lorsqu’il se décide à quitter le village, le piège s’est déjà construit autour de lui.

BOUC ÉMISSAIRE

Ces habitants semblent en fait bien trop heureux de trouver en lui un nouveau bouc émissaire pour leur goût pour vilipender à la chaîne: Abram, avec son retour, investit à lui seul la place qu’occupaient à tour de rôle un enfant handicapé, sa mère veuve se remettant en couple, une fille facile affublée du sceau de pute locale, des Turcs qui ne mangent pas de porc… Ils s’en donnent à cœur joie pour échanger entre eux leurs impressions, leurs spéculations, les plaisanteries, pour charger le jeune homme de leur mépris porté par l’ivresse procurée par leur « communion spirituelle ».