L’idée de ce post que la yaggeuse Pitaladio a publié sur la communauté est venue d’une discussion avec Maxime Donzel sur les propos de Christian Vanneste au sujet d’un supposé langage codé qu’emploieraient les homosexuel-le-s, lors du 2e Apéro des losers, le week-end dernier. Un petit bonheur!

« Exercice d’hostile », par Pitaladio

Voici un petit « Exercice de style » inspiré de Queneau et d’une conversation avec Maxime.

FACTUEL

Maxime, jeune homme de 30 ans, homosexuel, bien dans ses Converse, cheveux courts, barbe de plusieurs jours savamment entretenue, vêtu d’un jean, d’un t-shirt et d’un sweat-shirt à capuche sort de chez lui, malgré un gros rhume qui lui irrite la gorge et le fait parler du nez. Il se rend à la boulangerie où il achète une chocolatine et une demi baguette. Ressort en bousculant le client qui attend derrière lui dans la queue, un homme au teint mastic, assorti à son imper, qui serre un livre contre lui. Maxime s’excuse en lui posant la main sur le bras et en lui souriant. Alors qu’il se dirige vers la maison de la presse, il est pris d’une soudaine envie d’éternuer, il fouille ses poches, ne trouve pas de mouchoir, mais une serviette en papier jaune qu’il a dû fourrer dans sa poche machinalement la veille après avoir dégusté un falafel rue des Rosiers. Il éternue, se mouche bruyamment et se vaporise du Locabiotal dans la bouche. Il remarque que l’homme à l’imper couleur mastic est ressorti de la boulangerie avec un paquet à la main et qu’il l’observe d’un air à la fois sévère et un peu dégoûté. Il rentre dans la maison de la presse, toujours suivi par l’imper mastic, achète Libération, Le Canard Enchaîné et Marianne, ne prend pas de sachet par souci écologique, puis rentre chez lui. Il aperçoit l’homme à l’imper ressortir de la maison de la presse et se diriger vers l’arrêt du bus 95.

HOMOPARANO

Je vais à la boulangerie acheter une tarte aux pommes, avant d’aller déjeuner chez maman, comme tous les mardis. Je remarque, dès que j’entre un inverti, à sa manière de se tenir un peu déhanché et à sa voix nasillarde et maniérée. Je remercie le ciel de me trouver derrière lui et non pas devant dans la file d’attente (je n’aime pas le terme de « queue », que je trouve très laid). C’est un jeune homme qui sert, l’inverti lui demande une chocolatine, invitation très claire à la sodomie, pour qui connaît le langage codé homosexuel. Je suis outré, j’ai des haut-le-cœur, mais je ne bronche pas, car c’est l’occasion de vérifier « in vivo » ce que j’ai pu lire dans ma bible, qui d’ailleurs ne me quitte jamais: le Qu’y puis-je? sur La mafia gay et son langage codé, numéro 1935, paru en 1982, à moins que ce ne soit le contraire, mais je m’égare… J’ouvre bien grand les oreilles afin d’être à même de déceler les horreurs que ne va pas manquer de proférer ce pervers, persuadé qu’il est de n’être compris que par ces « condégénérés » et en effet, il enchaîne immédiatement en demandant une demi baguette, ce qui d’après mon Qu’y puis-je?, page 85, est l’expression consacrée pour faire savoir à un éventuel partenaire que l’on est circoncis (les invertis aiment savoir ces choses-là, allez savoir pourquoi, ça me révulse rien que d’y penser).

Soudain, j’ai le cœur au bord des lèvres, il m’a bousculé en se retournant, et le voilà qui me regarde avec ses petits yeux pervers et s’excuse en me soufflant son haleine fétide et sulfureuse à la figure et en posant sa main sur mon bras! J’essaie tant que faire se peut de rester stoïque et courtois et de résister à l’envie d’essuyer la manche de mon imper couleur mastic (qui me va très bien au teint, d’ailleurs, d’après la vendeuse) à l’endroit où s’est posée sa main (Dieu sait dans quels endroits innommables elle a bien pu se fourrer!).