Bénédicte MathieuDix ans après son coming-out – en plein débat sur le pacs –, Amélie Mauresmo met fin à sa carrière de joueuse de tennis professionnelle.

Bénédicte Mathieu, qui tient notamment toutes les semaines la chronique Terrains de Jeux de Yagg, a rencontré Amélie en janvier 1996, aux Internationaux d’Australie, dans le cadre de son activité de journaliste de sport. Elle partage avec nous ses souvenirs.

« AMÉLIE MAURESMO, CHAMPIONNE ET TELLEMENT HUMAINE », PAR BÉNÉDICTE MATHIEU
Voilà, c’est fini pour cette vie-là. Amélie Mauresmo, 30 ans, détentrice du plus beau palmarès français du tennis moderne – entendez d’après-guerre – a annoncé sa retraite ce jeudi. Quelques larmes, des boutades, ce sourire et ces yeux brillants d’émotion, de fierté, ce panache et cet humour: ce fut Amélie telle qu’en elle-même. Jusqu’au bout de sa carrière professionnelle.

Écoutez la championne lors de sa conférence de presse (voir les vidéos), elle parle de fierté d’avoir réalisé ses rêves: c’est assez beau d’entendre quelqu’un qui a réalisé ses rêves. Écoutez Amélie parler de sa sensibilité.

Et si c’était là que réside sa fabuleuse aventure. Dans cette incroyable propension à vivre absolument les choses avec cette volonté d’aller au-delà d’elle-même. Elle n’a pas dit autre chose jeudi matin en affirmant qu’elle avait aussi continué à vivre autour de son tennis et oui, qu’elle était “super fière d’avoir vécu avec cette sensibilité exacerbée”. Elle a réalisé ses objectifs: dans l’ordre, la Fed Cup, la première place mondiale, deux titres du grand chelem. Chapeau bas.

Au-delà du palmarès magnifique, l’émotion, palpable chez de nombreux journalistes hier au cours de la conférence de presse, montre que certains d’entre nous qui ont fait un bout de chemin avec elle ont conscience d’avoir rencontré un être extraordinaire, au sens littéral du terme.

« DROITE DANS SA VIE, DANS SES CHOIX »
D’elle, des souvenirs glanés. De cette joie toujours partageuse. Amélie et ses yeux brillants racontant la fierté d’avoir été sélectionnée par Yannick Noah, alors capitaine de Fed Cup, contre la Suisse en 1998. Yannick Noah par qui elle est venue au tennis, gamine cognant des balles au fond du jardin après la finale de Roland-Garros gagnée par le Français en 1983. Gamine de 19 ans à qui l’on demandait ce que cela faisait et qui en guise de réponse, caressait du doigt le mot « France » sur l’écusson. Amélie partant aux Internationaux d’Australie en 1999, tout simplement amoureuse, tout simplement heureuse. Amélie, au téléphone, d’Australie, parce que je n’avais pas pu venir et qu’il lui paraissait juste que je recueille ses propos directement pour écrire les nombreux articles que mon journal, épaté par la performance et sous le charme de cette adolescente entière, me demandait. Droite dans sa vie, dans ses choix, elle n’avait pas anticipé l’onde de choc qui avait suivi sa finale et son coming-out. Sur les courts et dans la vie, elle a fait face avec une belle force.

Amélie espiègle, restée en salle de presse avec une poignée de journalistes à la Fed Cup à Sion demandant tout poliment que l’on la ramène à son hôtel et qu’elle puisse prendre le volant. Quelques kilomètres plus loin, elle hilare, nous blêmes à côté d’elle. Amélie lumineuse et appliquée à une vente aux enchères au profit de l’Institut Curie. Amélie heureuse de partager sa joie de première joueuse mondiale au cours d’un dîner improvisé ou si fière de sa médaille d’argent aux Jeux olympiques d’Athènes en 2004. Amélie meurtrie par les blessures mais toujours partante pour repartir à l’assaut; Amélie blessée par une presse pas toujours juste avec elle – c’est un euphémisme –, mais professionnelle jusqu’au bout. Là aussi, chapeau. Amélie, enfin, modeste qui semblait toujours étonnée d’être devenue un exemple pour tant de gens.

Et pour les homos, qu’a-t-elle fait? Beaucoup par sa volonté de vivre sa vie au grand jour. Pas facile dans ce milieu, croyez-moi. Par ses prises de paroles, par exemple en accordant une interview à Têtu dès 1999 ou en signant la pétition du Nouvel Observateur pour l’homoparentalité.

Parce qu’on la pose souvent aux sportives qui prennent leur retraite, la question m’avait parue évidente à la conférence de presse. Mais que Laurence Ferrari, jeudi soir au Journal de 20 heures de TF1 devant des millions de Français, lui demande si elle souhaite fonder une famille et qu’Amélie réponde si simplement, dans un sourire, c’est fort et émouvant. Pour cela, pour les moments petits et grands, merci. Bonne route et belle vie Amélie.

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