Le 13 octobre dernier (lire article précédent), une proposition de loi a été déposée au Parlement de Kampala, la capitale ougandaise, sous le nom de « Anti-homosexuality Bill 2009 », proposition qui devrait être votée en janvier 2010. Elle prévoit des peines d’emprisonnement à vie pour les homosexuels et des peines de mort pour les homos séropositifs, accusés alors d’homosexualité aggravée.

La loi prévoit aussi de reposer principalement sur la délation: « Une sanction de trois années d’emprisonnement est prévue pour quiconque ne rapporterait pas à la connaissance de la police dans les vingt-quatre heures, l’homosexualité d’une personne; et une sanction de sept années d’emprisonnement pour toute personne impliquée dans la défense des droits des gays et des lesbiennes », rappelle Christine Le Doaré, présidente du Centre LGBT Paris IdF, dans un communiqué.

DES RÉACTIONS VIRULENTES DE CHEFS D’ÉTATS ET DE PARLEMENTAIRES EUROPÉENS
De nombreux chefs d’État, occidentaux et africains, ont déjà réagi à cette proposition de loi. Dernièrement, Gordon Brown, Premier ministre britannique, et Stephen Harper, Premier ministre canadien, sont intervenus au sommet du Commonwealth en déclarant que cette « législation est inacceptable ».

La proposition de loi ougandaise a également fait l’objet d’un débat virulent lors de la dernière Assemblée parlementaire paritaire ACP-EU (Afrique Caraïbes Pacifique/Union européenne). Michael Cashman, membre du Parlement européen et président de l’intergroupe sur les droits LGBT, raconte dans un communiqué: « Dans son discours d’ouverture, Louis Michel, ancien directeur de la Commission pour le développement et coprésident de l’Assemblée parlementaire paritaire, a dénoncé cette loi « qui bafoue les droits humains », il a appelé à une « séparation entre la religion et la politique ainsi qu’au respect mutuel ». Suite à la réponse négative du délégué ougandais, cette position a été reprise par plusieurs membres européens présents dont Michael Cashman qui a déclaré devant l’Assemblée: « Vous pouvez vous assurer qu’une telle loi homophobe ne trouvera jamais notre silence (…) Nous sommes tous égaux dans ce monde et il est grand temps que l’on respecte les droits humains des LGBT, où qu’ils vivent ».

Et Christine Le Doaré, présidente du Centre LGBT Paris IdF, de conclure: « Une mobilisation des ONG et des États s’impose de toute urgence, nous en appelons au Quai d’Orsay et au gouvernement français pour qu’il intervienne afin que le gouvernement ougandais retire cette loi qui fait grossièrement fi des droits humains fondamentaux ».

DES CONNECTIONS ENTRE ÉVANGÉLISTES OUGANDAIS ET CONSERVATEURS AMÉRICAINS
Et les réactions ne risquent pas de s’atténuer. Lundi, The Rachel Maddow Show, sur la chaine américaine MSNBC, évoquait les liens douteux entre les évangélistes ougandais à l’origine de l’Anti-homosexual Bill et des évangélistes américains (vidéo ci-dessous). Rachel Maddow recevait sur son plateau Jeff Sharlet, spécialiste du sujet. Le journaliste y a détaillé les connections entre de puissants conservateurs américains et les leaders ougandais, notamment entre le pasteur ougandais Martin Ssempa, à l’origine de cette proposition de loi, et le célèbre pasteur californien Rick Warren. Lequel a d’ailleurs refuser de condamner cette proposition de loi en indiquant qu’il n’avait pas « à commenter ce qu’il se passe dans une autre nation ».

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez ici.

Illustration La p’tite Blan

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