Alejandro (à droite sur les photos) et José y ont cru, et des milliers de gens remplis d’espoir par leur union avec eux. Il s’est fallu d’un rien pour que l’Amérique latine fête une nouvelle révolution et par là-même une victoire contre le conservatisme. L’union d’Alejandro Freyre et de José María Di Bello, qui devaient célébrer à Buenos Aires le premier mariage latino-américain d’un couple gay le 1er décembre dernier, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, dont ils sont tous deux atteints, s’est trouvée confrontée à un ultime rebondissement. Le mandat émis 24 heures auparavant par la juge Marta Gomez Alsina à la suite du recours déposé par les avocats Francisco Roggero et Joaquin Otaegui, tous deux diplômés de l’Université catholique argentine, a eu raison de la légalisation de leur union.

Au-delà des questions morales et religieuses qui ont agité la société argentine ces dernières semaines à propos de cet événement (lire articles précédents ici et ici), c’est finalement la loi qui aura eu raison de cette union historique, si près du but. Après six mois de bataille juridique, les deux Argentins avaient obtenu gain de cause début novembre, grâce au soutien de la juge Gabriela Seijas, qui avait déclaré « inconstitutionnels » deux articles du code civil, dont l’un mentionne « le consentement nécessaire entre un homme et une femme ». Mardi dernier, Alejandro Freyre, 39 ans, et José María Di Bello, 41 ans, avaient décidé de se rendre malgré tout au registre civil de Recoleta où étaient venues les soutenir des centaines de personnes ralliées à leur cause, de Buenos Aires et de diverses provinces argentines, affiliées ou non à la Fédération argentine LGBT, afin de « convertir la célébration en acte de protestation », selon les mots employés par Alejandro.

« 90% DES ARGENTINS EN FAVEUR DU MARIAGE POUR LES COUPLES DE MÊME SEXE »

D’après Maria Rachid, la présidente de la Fédération argentine LGBT, qui avec sa compagne, Claudia Castro, avait essuyé un refus similaire en février dernier, « il existe un consensus autour de cette question. 90 % des Argentins sont en faveur du mariage pour les couples de même sexe ». Comme toujours, l’Église a figuré en première ligne des opposants à cette réforme, à travers des formules simplistes. L’archevêque de la Plata, Hector Aguer, a par exemple estimé que « le mariage gay cherchait à détruire la famille ». Si la décision de Maître Seijas concernait exclusivement ce cas particulier, elle aurait pu faire jurisprudence pour d’autres couples et ainsi ouvrir une brèche pour la reconnaissance des droits des homosexuels en Argentine.