Le 5 novembre dernier, Yagg vous informait de la situation dramatique dans laquelle se trouvaient deux sans-papiers gay menacés d’expulsion imminente (lire l’article). Merlin, camerounais, et Tsaï, chinois, venaient d’être placés en centre de rétention à Hendaye après une interpellation et la notification d’un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière. Les associations Ardhis, Inter-LGBT, SOS homophobie, Act Up-Paris, LDH et MRAP ont suivi et soutenu Merlin et Tsaï, et un mois plus tard, la situation semble s’être enfin éclaircie pour les deux hommes.

Merlin, le Camerounais, « qui venait de passer la frontière franco-espagnole après un voyage de plus d’un an en provenance du Cameroun avait déposé une demande d’asile sur la base des menaces qu’il subit au Cameroun en raison de son orientation sexuelle », rappelle le communiqué inter-associatif. En effet, au Cameroun, les actes homosexuels sont punissables de 1 à 5 ans d’emprisonnement.

« L’Ofpra (Office Français pour la Protection des Réfugiés et des Apatrides) l’a entendu suite au récit de ses craintes, mais aucune décision n’est encore rendue du fait d’une procédure dite « Dublin 2″ vers l’Allemagne lancée entretemps. La préfecture attend toujours la réponse des autorités allemandes quant à son éventuelle réadmission dans ce pays. Cette attente a permis à Merlin d’être libéré du centre de rétention vendredi dernier au 32e jour de rétention ».

« LA MOBILISATION DE TOUS A ÉTÉ DÉTERMINANTE »

Dans le cas du Chinois Tsaï, la situation était particulièrement fragile, « tous les recours juridiques possibles avaient été épuisés depuis le 1er novembre. Il risquait donc à tout moment d’être expulsé », explique le communiqué. « La mobilisation de tous, citoyens, associations et élus a été déterminante pour permettre (in extremis) la suspension de l’exécution de l’expulsion le mercredi 18 novembre, une heure avant l’embarquement: sous la pression de notre mouvement, les autorités ont en effet accepté de réexaminer en quelques jours la situation personnelle et professionnelle de Tsaï et ont décidé le mardi 24 novembre d’annuler l’expulsion et d’entamer une procédure de régularisation auprès de la préfecture de Seine Saint Denis, puisqu’il réside à Pantin. »

Tsaï habite en France depuis plus de dix ans. Il y a fait ses études de lettres puis a obtenu un DESS (diplôme bac+5) de Gestion des Entreprises, à l’Université de Nantes. Il avait même décroché un CDI dans une entreprise d’import-export, mais son employeur avait été contraint de le licencier parce qu’on lui refusait un titre de séjour « salarié » suite à son titre de séjour « étudiant » (l’employeur soutenait pourtant ses démarches), l’obligeant à rentrer dans l’irrégularité et à travailler « au noir ». Tsaï a également construit sa vie privée et familiale pendant ces dix dernières années en France, « il partage la vie d’un Français depuis 8 ans (…) et il est devenu un « ambassadeur » de la culture et de la langue française auprès des Chinois, notamment avec le livre qu’il écrit actuellement sur la gastronomie française ».

Les associations se disent « rassurées de ces issues pour Tsaï et Merlin », mais restent attentives à la suite des démarches: « Nous réclamons leur régularisation rapide, quelle que soit la procédure retenue. Notre vigilance sera d’autant plus vive que la restriction drastique des possibilités d’accès au séjour et la pression des quotas d’expulsion conduisent trop souvent les préfectures à ignorer les situations humaines ».

« Pour l’ensemble de nos associations, il est impensable et inacceptable que la France renvoie un-e homosexuel-le ou un-e transsexuel-le vers un pays où l’homosexualité ou la transsexualité sont poursuivies par la loi ou réprimées, ou que des risques non-étatiques ou privés avérés y menacent les personnes en raison de leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. Nous nous y opposons et continuerons de nous y opposer résolument », conclut le communiqué inter-associatif.

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