C’était un joli scoop: un journal LGBT américain reconnu, le Washington Blade (ex-Gay Blade, fondé en 1969) titrait il y a quelques jours: « Des soldats américains sont accusés d’atrocités envers les gays en Irak ». Le Washington Blade alterne les sujets légers ou « de charme » avec des informations locales, nationales ou internationales. Le journal est reconnu par la Société des journalistes professionnels américains et des journaux comme le New York Times ou le Washington Post. Bref, c’est un journal crédible.

Concernant cet article, la source du Washington Blade c’est « Hussam » [NDLR: son prénom a été changé], un gay irakien réfugié au Liban, participant d’une fête de charité organisée par l’association Helem destinée à réunir des fonds pour l’ouverture d’un Centre LGBT à Beyrouth. Invité pour prendre la parole et montrer des documents établissant les violences que subissent les LGBT dans le nouvel Irak, Hussam, après avoir montré des photos insoutenables de ces violences (corps décapités, etc.) est passé à d’autres photos: des hommes à genoux enchaînés devant des soldats qui semblent être américains. Hussam explique que ces soldats dont les baraquements exhibent des graffitis antihomos (« fuck off faggots ») ont participé à des kidnappings et des tortures de gays dont le sien. Les représentants des associations de défense des droits humains présents à Beyrouth sont plutôt enclins à lui faire confiance (mais certains d’entre eux restent sceptiques). Quant à l’armée américaine, celle-ci a démenti et lancé une enquête. À Yagg de lancer la sienne.

Nous sommes entrés en contact avec Ali Hili. Ali est un gay irakien réfugié à Londres qui, seul, isolé, a fait connaître au monde entier depuis quelques années la situation tragique des LGBT irakiens, pourchassés aussi bien par les milices chiites (l’autorité suprême des chiites irakiens, l’ayatollah Al-Sistani, a lancé une fatwa de mort contre les homosexuels « qui doivent être tués de la manière la plus douleureuse possible ») que sunnites. Suite à ses actions de militantisme, Condoleezza Rice a dû publier un communiqué déplorant les massacres de gays en Irak (qui n’ont pas obtenu pour autant l’accès à la zone « sécurisée »).

De Londres, Ali a démarré des réseaux qui mettent à disposition des maisons où les LGBT peuvent se réfugier. S’il milite aussi vigoureusement pour le départ d’Irak des troupes d’occupation, il demeure furieux devant ces nouvelles accusations. « Ce Hussam m’a contacté il y a environ huit mois, affirme-t-il. Il m’a raconté qu’il avait été battu par des militaires américains parce qu’il était gay. Je lui ai demandé des preuves. Une semaine après, il m’a rappelé et m’a dit: « J’ai des photos, j’ai des preuves, je vais vous les envoyer. Vous pourriez me trouver un avocat pour que j’entame des poursuites, je vous donnerai un pourcentage ». Je lui ai répondu: « je ne connais pas d’avocat, je connais juste des associations de défense des droits humains. Et pour votre histoire, j’ai besoin de preuves ». Il m’a rétorqué: « vous travaillez pour les Américains! ». J’ai raccroché. Et trois jours après, il a rappelé avec encore une autre histoire! Je l’avais mis en contact avec un membre de notre réseau en Irak. Ce dernier m’a dit: « cet homme n’a aucun signe de violence sur lui, il n’a pas l’air de quelqu’un qui a souffert. Les seules choses qu’il veut c’est l’asile et de l’argent ». En fait, il cause des problèmes à tous les LGBT irakiens, comme aux opposants à l’occupation. Il nous discrédite. Tout le monde sait que je suis un opposant à l’occupation de l’Irak par l’armée américaine, mais je suis obligé de dire que les LGBT irakiens se sentent en sécurité avec les soldats américains. La pire chose que j’ai entendue c’est à l’occasion d’un raid de soldats cherchant des armes sur une maison: des amies trans’ ont été sorties en pleine nuit de leur lit et quand ils ont vu qu’elles étaient hormonées, ils les ont appelées « faggots »… mais il n’y a pas eu de violence physique: les soldats américains ne tuent pas les gens en raison de leur sexualité. Les LGBT se sentent à l’aise avec eux. Reste que cette violence en Irak, causée aussi bien par les milices chiites et sunnites que par la police et l’armée du nouveau régime, c’est l’occupation américaine qui l’a déclenchée et qu’ils n’ont pas fait grand chose pour l’enrayer. »

Le site des LGBT irakiens.

Le site du Washington Blade.