La mort de Kamilla… Ou comment un article bidon d’un journal russe bidon, Zhizn (« Life ») », après avoir fait le tour d’internet, s’est retrouvé dans des journaux sérieux. L’histoire est la suivante: un homme russe de Volgograd (ex-Stalingrad), en fouillant dans l’ordinateur de la femme avec laquelle il était marié depuis plusieurs années, découvre qu’il a épousé une trans’ opérée, qu’elle s’appelait Kirill avant et qu’elle s’était fait opéré en Australie avant de revenir s’installer en Russie, où après avoir changé ses papiers, elle s’était mariée sous sa nouvelle identité. Sous le choc de cette découverte, l’homme, horrifié, prend son fusil et tue sa femme en lui tirant dans les parties génitales, essaye de se tuer, se rate, et est emprisonné.

Pour Kirill, porte-parole du groupe de trans’ masculins russes Phœnix, la nouvelle est un bidonnage de plus d’un  journal connu pour son sensationnalisme et son peu de déontologie. « À Moscou, explique-t-il, nous avons un excellent chirurgien pour les HvF (Homme vers Femme): le docteur Ruben Adamyan qui travaille avec le docteur Sava Perowic, le docteur Eduard Jursevic… Les gens viennent se faire opérer chez eux de toute la Russie mais aussi des pays environnants. Pourquoi Kamilla aurait-elle eu besoin d’aller se faire opérer en Australie? J’ai appellé Sergius Pedde, rédacteur en chef de Rainbow, la radio LGBT de Volgograd: personne n’a entendu parler de cette histoire… L’article dit que la police a dû faire des analyses médicales pour avoir la preuve qu’elle avait bénéficié d’une opération de réassignement sexuel, et en même temps qu’elle avait fait changer ses papiers, ce qui aurait laissé une trace de son identité antérieure dans les archives de l’administration. Bref, rien n’est plausible. Cela doit être mis dans le contexte de la façon dont les médias russes traitent les trans’. Ils viennent vous voir, prennent des photos et racontent n’importe quoi. Des trans’ ont perdu leur travail après avoir été exposées ainsi, eux et leurs proches. Mais comment un individu peut-il faire un procès à une chaine de télévision ou à un gros journal à scandale? ».

Cette histoire du pseudo-meurtre de Kamilla mériterait d’être étudiée par les spécialistes en rumeurs urbaines. En tant qu’activiste trans’, voici mon décryptage du succès de ce bidonnage. D’abord le fait que l’assassinat d’une trans’ est une chose si banale que tout le monde y croit (à commencer par les trans’). Ensuite le fantasme de la trans piège à hétérosexuel dont la transformation n’est qu’une duperie pour entraîner des hétérosexuels dans l’homosexualité. Finalement, on obtient une justification de la « panique trans' »: quand le sujet découvre qu’il a été abusé, il tue la trans’, une sorte de légitime défense devant la fourberie des déviants. Ce fantasme criminogène de la trans-qui-piège-les-hétéros a servi de moteur à des émissions de télé-réalité, comme par exemple le fâcheux Myriam et les garçons.