Dominique ChaudeyDominique Chaudey, journaliste français, a tout quitté pour s’installer à Valence, en Espagne. Sur Yagg, il tient le carnet de bord de cette nouvelle vie.

ÉPISODE 10: TOUS POUR LA MUSIQUE!
À n’en pas douter, cette journée restera marquée d’une pierre blanche dans ma vie espagnole, à peu près autant que ma première paella chez ma suegra (belle-mère). La télé vient de l’annoncer: il fait 42°C ce matin à 10 heures. Du coup, mon Javier d’amour a sorti les grands moyens: fenêtres fermées, rideaux tirés, stores abaissés, ventilo à fond, Choucroute dans l’évier (mon chat, lui aussi a très chaud)… On se calfeutre. Valencia ville déserte. Tout le monde est à la sieste. On ne fera rien avant 21 heures. Et encore, la télé annonce une nuit à 31°C! Il faudra bien que je sorte: j’ai acheté un billet pour le concert de Serrat, une star espagnole. Mais j’ai mon arme secrète: mon abanico (éventail) horrible, avec de la dentelle et tout et tout, acheté sur Gran Via pendant la gay pride à Madrid. Depuis un mois, je me fais un ou deux concerts par semaine. Tout et n’importe quoi! C’est dingue le nombre de groupes de flamenco-rock. Et les abuelas qui y vont de leur « Olé! » sur les solos de basse. Parce que même les abuelas vont aux concerts. D’accord, elles accompagnent leurs midinettes de petites filles mais quand même, retrouver une mamie assise sur sa chaise pliante avec ses melocotones dans un sac plastique, au milieu de la foule en délire, c’est assez impressionnant.

Miguel Bosé et Alaska
En un mois, j’ai eu l’occasion de voir deux monstres de la culture musicale espagnole: Miguel Bosé et Fangoria. Si vous connaissez certainement tous le premier, en tournée depuis deux ans pour ses 30 ans de carrière, la seconde vous est peut-être inconnue. Elle n’est autre qu’Alaska, l’icône de la Movida Madrileña qui use ses minuscules fonds de culottes sur toutes les scènes espagnoles depuis 1981! J’ai eu deux coups de foudre. Et pourtant, les deux concerts étaient les exacts contraires. Le public d’Alaska est à 70% gay (elle était d’ailleurs présente sur un char « Fangoria » à la gay pride madrilène), le reste du public se partageant entre les copines de ces gays et bien sûr, leurs propres mères… Celui de Miguel Bosé, c’est à 70% des filles qui ont amené, au choix, leur mec ou leur copain pédé. En tout cas, ça se matait sec aux deux concerts. Et ça chantait aussi. Ils connaissent tous les paroles. Du coup, sur certaines chansons, on entendait à peine Miguel ou Alaska. Et me voilà à hurler les paroles de Amante Bandido ou de Absolutamente. Et bien sûr, à faire les chorégraphies… C’était peut-être moins réussi, mais le cœur y était.

Public en transe
À chacun de ces concerts, il y a eu un moment très fort. Alaska a chanté un de ses tubes, No sé que me das. Le public est entré en transe, criait, s’embrassait. Et pour cause, les paroles sont: « Il se peut que ce soit artificiel/Mais ça me sert à oublier/J’ai promis que jamais, je ne retomberai/Mais cette fois, je ne veux pas l’éviter/Je ne sais pas ce que tu m’as donné/Mais ça ma fait voler… ». Et ma voisine, Lucrecia qui frôle les 80 ans, connaissait les paroles par cœur. Miguel Bosé, lui, a chanté Te amaré. Dès les trois premières notes, idem. La foule en délire! Mais ambiance différente. Les couples se sont formés et ont chanté les yeux dans les yeux les paroles de cette chanson. À 10 mètres de moi, un couple de filles étaient en larmes: l’une d’elle s’est mise à genoux et a fait à l’autre ce qui ressemblait à une demande en mariage. Et mon Javier d’amour qui m’avait pris dans ses bras m’a glissé à l’oreille: « Por ser algo no perfecto, te amaré/Hasta el último momento/A pesar de todo siempre…/Te amaré ». C’est pas mignon, ça?

Conseil du jour pour jouer à l’Espagnol: Surtout jamais en juillet ni en août à Ibiza tu n’iras, juin ou septembre sont beaucoup plus sympas!