Le Queer X Show, projet artistico-porno d’Emilie Jouvet et Wendy Delorme faisait escale à Paris la semaine dernière pour deux dates (voir notre interview d’Emilie Jouvet). Etaïnn alias M. Mister, qui participe à ce spectacle itinérant, était cette fois-ci parmi le public, au Tango, jeudi 23 juillet. Pour Yagg, elle raconte.

« FRISSONS AU TANGO », PAR M. MISTER
20h10 au Tango, « La boîte à frissons » – de plaisir évidemment. Chaises et banquettes sont disposées autour de la petite scène coincée entre les loges (9 m2) et le bar. Souvenirs chaotiques du Drag King Fem Show ici-même: Wendy, Louise et moi en écoliers, en zombies… Mais c’est une autre histoire. Je n’ose pas trop déranger les filles dans leurs préparatifs. Elles vont et viennent, concentrées. La nudité leur fait comme un vêtement, et elles sont belles en tenue d’Ève. La jolie Ena, DJ berlinoise, est prête. La blonde Émilie est heureuse. Elle a déjà engrangé des centaines d’heures qu’elle dérushe la nuit: « J’ai de quoi faire trois films là! ». Et quand, épuisée, elle abandonne sa caméra, les filles s’en emparent pour se filmer. DIY bébé. Beaucoup de têtes inconnues dans la salle pleine, des filles surtout. Normal, la famille queer est à Marseille aux Universités d’Été LGBT. Qu’importe, le public est aux aguets, armé d’appareils comme pour les funérailles de Michael J. Moi aussi je suis excitée de voir la Chose, curiosa tant vantée.

Show devant!
Enfin Sadie entre en scène. La géante hilare, cyclone de gestes et de paroles, est un MC à l’humour franglais assassin et à la moustache argentée. Puis apparitions, dans le désordre. Mad Kate est le feu qui couve sous l’eau dormante. Ses déguisements hermétiques (combinaison latex, collants-masques, valise) ne sont que prétexte à déchirure, explosion du corps libéré, et chant. Judy, la dernière de la couvée (avec ses 19 ans), nous expose sa définition du BDSM, un texte sensible où l’essentiel est dit: l’Amour. Madison (photo ci-dessus) est un animal érotique rare adepte du petit-déjeuner trash. Je ne mangerai plus mes corn-flakes de la même manière – elle s’aide parfois de la partie charnue de son body – et je vais me mettre aux bains de boue pour communier avec Mère Nature. Wendy – qui s’est auto-proclamée ma mère non biologique – assume la part cabaret burlesque du show, en effeuilleuse vengeresse. Le verbe « payer » prend alors tout son sens (photo ci-dessous). Il y a aussi le « Cervix show » de Sadie (revival du « Public Cervix Announcement » d’Annie Sprinkle), déroutant: auscultée par Dr. Wendy, elle nous montre son col de l’utérus. Petite leçon d’anatomie donc, avec spéculum et lampe torche, on défile. Puis le final, fou, magnifique, orchestré par Sadie, The Great Whore. Couverte de soutien-gorge, de fourrures, de robes, elle nous offre un lent strip-tease, cachée par une ombrelle rose. La lumière des bougies crée un théâtre d’ombres. Sous le parapluie totémique, elle appelle enfin ses petites, filles aimantées, nues, priant, douces aspirantes catins. Le sexe selon le Queer X Show est la religion d’un ordre nouveau.

Rideau
Standing ovation pour ces deux heures de spectacle. De l’éducation sexuelle, du lyrisme, de l’érotisme, un sens esthétique fort, le goût des costumes, des univers très singuliers et puissants. Des performeuses professionnelles jusqu’au bout des ongles et surtout habitées, auréolées par la grâce. Je vais voir les filles, les remercie, m’extasie. Le show m’a vraiment remuée. Les scènes explicites sont crues et délicates, la palette nuancée des émotions fait mouche, les corps sont sublimés. On rit, on est médusé. Le Queer X Show a séduit nos petites mirettes affolées. Et une cigarette s’impose. Dehors ça discute sec. J’improvise un petit micro-trottoir parmi les spectateurs tout sourire. Et devinez les trois mots leitmotiv? Intéressant, poétique, et surtout très HOT! Qui avait raison?

Photos © Etaïnn Zwer

Monsieur K et Wendy:
Monsieur K et Wendy