L’argent, le nerf de la guerre contre le sida. C’est ce qui a toujours fait défaut pour maîtriser cette épidémie. À la cinquième conférence de l’IAS, qui s’est achevé hier au Cap, en Afrique du Sud, c’est l’inquiétude qui domine: confrontés à la crise économique et financière, les pays riches détournent les fonds alloués au sida vers d’autres priorités.

Dans une interview à Éric Favereau de Libération, le Pr Michel Kazatchkine, directeur du Fonds mondial, se dit très déçu par le dernier G8. Il explique: « Le moment est charnière. Alors que nous avons lancé une dynamique, alors que nous avons commencé à réduire le fossé Nord-Sud – aujourd’hui nous finançons plus de 2,1 millions de traitements antisida dans le monde –, tout l’édifice est fragilisé ». Il manquera au Fonds mondial trois milliards de dollars en 2010 pour simplement tenir ses engagements. Très concrètement, cela signifie que des malades vont devoir arrêter leurs traitements et vont mourir.

C’est pour dénoncer cette crise sans précédent que le groupe activiste sud-africain Treatment Action Campaign et Act Up-Paris ont organisé une conférence de presse commune et une marche de protestation (voir la vidéo ci-dessus) pour « [appeler] de toute urgence les pays les plus riches à augmenter leur contribution à la lutte contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme, de façon à assurer l’accès à la prévention, aux soins, ainsi qu’à des traitements de qualité dans les pays du sud — engagements des pays du G8. » Ils ont été entendus puisque dans son discours lors de la cérémonie d’ouverture (voir le webcast), Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine 2008, a déclaré:  » Il y a encore un long chemin à faire, mais nous pouvons prédire que: réduire les efforts internationaux pour l’accès universel aux traitements sera un désastre et les gouvernements ainsi que leurs dirigeants seront responsables de ce désastre s’ils n’augmentent pas leur engagement. HIV is not in recession! »

Mais la lutte contre le sida a aussi ses succès. Un essai mené à la Pitié-Salpétrière par le Pr Christine Katlama, l’essai MONOI ANRS 136, prouve qu’il est possible de simplifier le traitement avec une monothérapie avec darunavir (Prezista). Chez les patients de l’essai, la monothérapie se révèle aussi efficace qu’une trithérapie classique avec la même antiprotéase et deux analogues nucléosidiques. Bien sûr, il va falloir confirmer ses résultats sur le long terme et ce traitement n’est pas adapté à tous les séropositifs.

La conférence du Cap a également permis de montrer que les efforts déployés par la communauté internationale ont porté leurs fruits puisque le dernier jour de la conférence, Yves Souteyrand, de l’Onusida, a présenté les résultats d’une enquête qui montre qu’en un an, le nombre de malades traités est passé de 3 millions fin 2007 à 4 millions fin 2008. Plus de séropositifs traités, c’est aussi une épidémie qui ralentit. Le monde a mis près de 20 ans à se mobiliser contre le sida et à déclencher les hostilités contre l’un des plus grands fléaux de notre temps. Il ne faudrait pas s’arrêter maintenant, sauf à vouloir condamner à mort des millions de personnes atteintes.