Un TGV, une vedette, et moi. Trois heures pour faire connaissance avec une attachante personnalité — celle de Marie Laforêt, bien loin des Vendanges de l’Amour, Viens sur la montagne et autres  Il a neigé sur Yesterday chers à nos mémoires d’ex-fan des sixties.

Comédienne – elle a encore prouvé son talent la saison passée lors de la reprise de Master Class de  Terence MacNally au Théâtre de Paris, où elle incarne une Maria Callas âpre et consumée du feu de la passion – , chanteuse, elle a accepté d’interpréter L’Hirondelle Inattendue, opéra-féerie de Simon Laks créé le 11 juillet dernier au Festival des Musiques Interdites (par le IIIe Reich) de Marseille (lire notre article).

La chose m’avait surpris. Cette Marie Laforêt doit être un diable de femme pour accepter un tel challenge, elle venue du cinéma, du théâtre et de la chanson (d’aucuns diraient « la chansonnette »). Assumer une partie d’opéra n’est pas une mince affaire. Est-ce une nouvelle carrière? Est-ce une cause nouvelle à défendre? Est-ce le plaisir de la passion? Il fallait que j’éclaire ce point.

Et puis, la laisser parler, découvrir au fil des mots d’un entretien informel la captivante personnalité de cette femme que d’aucuns ont déjà rangé dans le tiroir des gloires déclinantes, voire des sottes qui firent carrière d’un murmure charmeur et d’un regard magnétique. La dame est pleine d’humour et de modestie. Et d’une redoutable lucidité. « Pourquoi moi, pour cet opéra? Parce que Carla Bruni n’était pas libre », me lance-t-elle dans un éclat de rire – off the record. Et si sa notoriété a pu faire venir du public – de fait, la salle était très honorablement pleine – et aider à découvrir l’œuvre d’un musicien oublié et pourtant passionnant, « j’ai réussi mon coup ! », ajoute-t-elle.

Marie Laforêt est investie. Ne fait pas les choses à moitié. Femme de culture, cérébrée bien plus que la moyenne, elle laisse transparaître le plaisir qui est le sien d’accepter les « challenges » – tel que cette création opératique, ou bien sûr l’interprétation de ce Master Class qu’elle reprend en tournée à la rentrée prochaine, et le projet de mise en scène d’opéra qui est dans l’air, et de refuser les projets qui ne relèvent que de plans marketing.

Six minutes avec Marie Laforêt, six minutes de plaisir en compagnie d’une nature généreuse et attachante.

Christophe Mirambeau

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