Dernière séance sur Wimbledon, le tournoi le plus prestigieux du monde. Au-delà des sempiternelles fraises à la crème (qui sont excellentes), du Pimm’s (pas mal non plus), du dress code (on joue en blanc), le rendez-vous du gazon londonien vaut aussi pour ses dramatiques. On le sait, on peut dire cela de tous les sports. Mais Wimbledon avec cette ambiance feutrée du gazon, c’est un vrai drôle de cinéma avec des jeunes premiers ou premières mais, surtout, des héros récurrents. Lights, camera, action!

Les Clefs du royaume
Elle le dit elle-même, Wimbledon est pour elle une autre planète. Et cela finit par être vrai. Venus Williams qui ne brille plus guère dans les autres tournois du grand chelem trouve chaque année une véritable renaissance sur le gazon londonien. Déjà cinq fois championne, elle brigue une sixième couronne comme Roger Federer.

Le gazon a-t-il ralenti? Les balles sont-elles plus dures? La joueuse américaine semble se moquer des changements opérés pour ralentir le jeu. Elle développe son grand service, dégringole des volées bien senties. Le public londonien, souvent rétif à adopter une nouvelle championne, prend un plaisir fou à la regarder jouer. On le comprend. À Wimbledon, Venus s’amuse. Elle peut aussi parfois gâcher la fête. Intraitable, jeudi, elle a collé un 6-0, 6-1 à la numéro un mondiale Dinara Safina.

En finale, comme l’an dernier, Venus rencontre sa petite sœur, Serena, et elle en est ravie. “C’est un rêve qui se réalise pour nous, pour notre famille”, a expliqué Venus. Vingt confrontations et les sœurs sont à égalité, dix victoires partout. Elles jouent aussi, ensemble, la finale de double.

Leurs qualités, on les connaît. Leur fighting spirit, le fabuleux mental de Serena, l’inspiration de Venus. Et si la cadette bat le plus souvent sa sœur ailleurs, elle ne parvient pas à ses fins à Wimbledon: “Il faut bien que je gagne mes titres”, explique l’aînée. Et si résidait ici le fabuleux équilibre apparent de la relation des deux sœurs? L’une a le monde, l’autre un jardin.

Le Sixième Sens
Le voici à nouveau en finale. Sept fois, pas rien. L’an dernier, c’était la révolution de palais. Sa défaite contre Rafael Nadal. Cette année, Roger Federer peut retrouver le trophée pour la sixième fois, et la place de numéro un mondial qui va avec. Le Suisse joue bien, merveilleusement bien, avec ce sixième sens qui lui permet de relancer les aces et services gagnants innombrables d’un Karlovic, et de comprendre si bien le gazon qu’il semble inventer des trajectoires. On aime, enfin, le soulagement dans ses victoires. À Wimbledon, Roger Federer a, dimanche, en finale, l’occasion d’améliorer le record de Pete Sampras avec 15 victoires dans des tournois du grand chelem. La classe. On s’arrêtera là-dessus, juste là-dessus. La théatralisation de ses apparitions, blazer, armoiries dorées, cela semble un peu trop. Car c’est ce qui fait l’absolue beauté du tennis de Roger Federer: sa simplicité.

L’Ami américain
Deux finales, en 2004 et 2005. C’est dire s’il connaît l’endroit et l’adversaire qui l’a battu deux fois. Andy Roddick est en finale de Wimbledon. Il a mis fin aux rêves des Britanniques de voir succéder l’un des leurs à Fred Perry. Le joueur américain est bien loin de cette apparence “boum boum” que peut laisser un grand serveur. Comme le “boum boum” Becker, il y a 20 ans, Andy Roddick sait faire vivre la balle comme on dit en rugby et c’est assez beau à voir.

Les statistiques en finale de grand chelem face à Federer? Pas trop bonnes. Trois matches, trois défaites, la dernière aux Internationaux des États-Unis en 2006. On verra, ce dimanche, comment le temps est passé entre les deux hommes.

Au service secret de sa Majesté
Bon d’accord, un peu facile comme choix. Mais quand on y pense, gagner Wimbledon, pour un sujet britannique, relève de la mission. Cela fait 73 ans qu’un “local” ne s’est pas imposé sur le gazon du All England Tennis and Croquet Club. À titre de comparaison, le dernier champion de Roland Garros – joueuses et joueurs confondus – est Mary Pierce, en 2000, et avant elle Yannick Noah, en 1983. Quand on voit ce qu’un Français qui pointe le bout de son nez en huitième de finale peut provoquer, on peut imaginer un Britannique en Angleterre, l’un des berceaux du tennis.

Andy Murray ne succèdera donc pas cette année à Fred Perry, dont la statue orne les jardins de Wimbledon. Victime, sans doute, de ce concept culino-sportif, la pression. Tim Henman, quatre fois demi-finaliste à Londres, avait entraîné avec lui la henmania, relayée par les quotidiens sérieux comme par les tabloïds. Il fallait tout savoir sur lui, les céréales qu’il mangeait, les souvenirs d’un membre de la famille. Cette année, c’est pareil: Murray est pris et montré en photos sous toutes les coutures – ne pas rater celle où il fait ses pompes torse nu. À Wimbledon, l’amphithéâtre de verdure adossé au court n°1, devant l’écran géant, autrefois appelé le Henman Hill, a été debaptisé pour devenir le Murray Mount. À l’année prochaine, Andy.

Trente ans, sinon rien
Comme le temps passe vite. La championne junior de Wimbledon 1996 – alors 17 ans –, a maintenant 30 ans, comme sur un claquement de doigt. Amélie Mauresmo fête son trentième anniversaire, dimanche 5 juillet. Cela rappelle des beaux souvenirs (lire aussi notre article). Le titre en junior, simple et double, en 1996, et puis cette victoire dix ans plus tard, une consécration tant méritée. Cette année, la joueuse française avait des ailes sur le gazon, elle a été battue par Dinara Safina, en huitième de finale, une déception, Amélie envisageait bien de gagner le tournoi. On y croyait. Trente ans, après tout, ce n’est rien quand on montre au monde entier, depuis plus de douze ans, des juniors à l’élite, que l’on a un tel talent. Les grands champions restent les grands champions. Bon anniversaire, Amélie.

Singing in the rain
Et non, il a fait un temps magnifique à Wimbledon, comme un pied de nez au nouveau toit amovible qui orne désormais le “centre court”. Il y aura seulement eu quelques gouttes pour admirer le “déplier” et le “plier” de l’architecture. Et aussi assister à une petite révolution. On pourra jouer en nocturne à Wimbledon, sur le central, si le besoin s’en fait ressentir. Seul petit regret: les jours de pluie, les téléspectateurs de la BBC, qui diffuse les matches, n’auront plus le plaisir de ces conversations au long de l’après-midi. À la BBC, voyez-vous, les champions venaient en studio raconter des anecdotes sur le tournoi. C’était comme si on prenait le thé en racontant des histoires de gazon, avec tous ceux qui viennent faire les consultants, pour la plupart entre deux parties du tournoi des légendes: Pat Cash, Jana Novotna, John McEnroe, Pam Shriver et tant d’autres. On ne s’ennuyait pas, cela avait un côté très british, totalement exotique. Comme les spectateurs transis qui chantaient avec les stewarts en uniforme, pour tuer le temps. On se souvient de Cliff Richards chantant un karaoke géant avec le public. Les parapluies dansaient, et des joueuses étaient venues faire les chœurs. Dans la bande, Gigi Fernandez et Martina Navratilova.

Jamais le dimanche
Canicule, langueur de l’été qui commence? L’auteure de ces lignes pense à la mythique réplique de Melina Mercouri dans le non moins culte Jamais le dimanche: “Et tous ensemble, ils allèrent à la plage”. Pas sûr que cela arrive mais un petit apéro au son du clapot, cela les changerait un peu du circuit, non?