Ça commence généralement par un coming-out. Tu annonces fièrement ta fierté d’être fier bien fort. Ça se passe plus ou moins bien, et puis tu pars gentiment à la recherche des tiens. Parce que c’est pas marrant marrant d’être le seul de sa tribu, et puis, bah, ils sont gentils les hétéros, mais ils baisent pas avec toi.

Tu prends ton courage à deux mains et tu débarques dans la communauté/ghetto/marécage/seul bar gay du village. Tu t’attends à être reçu les bras ouverts par des mannequins bien habillés et qui ont lu Proust dans les deux sens, et au lieu de ça, un vieux travelo moche avec du rouge à lèvres jusque sur la joue te demande si t’as pas un peu de pécu parce que y’a du sperme sur le tabouret.

PAS DE PANIQUE

C’est tout à fait normal. La communauté gay est un univers complexe et ça ne marche pas toujours du premier coup. Ce petit guide est là pour t’aider à rester zen dans le quartier gay: sociabiliser sans se démoraliser.

1lebar

Depuis deux semaines que tu te préparais psychologiquement, tu t’es bougé, et tu est allé au bar gay « Le Stud » pour la première fois. Tu pousses la porte du saloon. À l’intérieur, une vingtaine de moches se trémoussent vaguement sur un remix à la con de Katy Pourrie ou Lady Caca. Y’a un beau mec très bête au milieu et tout le monde rit très fort dès qu’il dit un truc pas drôle. La déco ressemble à un plateau télé de M6 y’a dix ans avec des rideaux de ronds en plastiques.

Tu te liquéfies, comme Princesse Sarah quand elle découvre la chambre de bonne dégueu dans laquelle elle va devoir vivre désormais.

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D’abord, cherche bien. Il y a probablement un bar plus sympa pas si loin. Au pire, organise une « guerilla gay bar » (http://www.guerrillagaybar.com/) en colonisant un bar qui te plaît avec tous les pédés et gouines que tu connais, ambiance flashmob. Mais retourne quand même au « Stud » de temps en temps avec tes copines pour te foutre de la gueule de leur déco parce que si on le fait pas elles ne comprendront jamais que les années 90 c’était il y a longtemps.

2sauna

Les bars c’est bien mais quand tu as faim tout de suite maintenant, c’est pas idéal. Tu as envie de sucer mais les chiottes publiques c’est pas ton truc, tu préfères tes pénis à peu près propres. Quand tu arrives au « Mycosenos », tu découvres que le sauna c’est compliqué. Personne ne parle et les instructions ne sont pas sur le mur. On dirait une secte avec tous ces mecs en serviette qui marchent en rond sur de la musique répétitive.
Tu crise en te disant que tu es devenu un robot cylon et que ta vie d’humain a pris fin.

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Le sauna c’est un peu comme le Gulf Stream. Tu entres dans le courant et tu fais le tour. Et puis une deuxième fois. Et puis une troisième. Tu te laisses porter ça va tout seul, laisse toi bercer. Une fois que tu as vu tout ce qu’il y a, ce que tu ne veux pas, et ce que tu n’auras pas, tu fais comme tout le monde, tu chopes ce qui fera l’affaire. C’est un excellent exercice de compromis. Une fois dehors tu peux ressortir ta personnalité que tu avais laissée dans le casier.

3pride

Tu n’es pas sûr d’avoir bien compris à quoi ça sert, c’est une manif, ou une fête ou encore un truc qui a à voir avec Judy Garland, mais bon, des milliers d’homosexuels dans la rue, tu te demandais bien ce que ça donne en vrai. Et puis pan! tu te fais traiter de trop folle à droite, de look hétéro à gauche, et en plus tu t’es perdu au milieu de l’association des vieux monsieurs qui ont le scrotum aux genoux et l’anus en donut et qui veulent le hurler à la face du monde (pour faire avancer les choses). Tu pars en courant et en hurlant comme la fille à la fin de Massacre à la tronçonneuse.

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La gay pride c’est comme la fête de l’école: tout le monde doit pouvoir faire son petit truc, donc on est obligé de se farcir le récital de trompette de Lulu Les Lunettes et le discours de la dirlo. Même si au fond, tout le monde n’est là que pour les jeux. En fait, le meilleur moyen de supporter une gay pride, c’est de se poster sur le côté de la route avec deux connasses et de compter le nombre de mecs déguisés en ange et de leur jeter des canettes en scred avant de crier « homophobiiie! ».

4reseau

Tu t’inscris sur jeveuxbaiserimmédiatement.com en te disant que tu vas trouver l’amour. Oh surprise, ça ne se passe pas comme prévu. A la question « trips? » tu réponds « à la mode de Caen s’il vous plaît! » et on te répond « Grosvirilpoilu a bien reçu ton message! Il ne souhaite pas te répondre pour le moment ». Ton humour et ton incroyable personnalité ne semblent pas émouvoir les membres.
Tu es triste.

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(là normalement je dis des trucs à la con mais je veux garder mon boulot donc:)

Rends-toi plutôt sur la communauté Yagg! Sans mentir en plus c’est bien, tu as même le droit de parler avec des gens sans devoir baiser après, comme des filles par exemple. Et c’est quand même le seul réseau où tu peux créer « le groupe des homos qui aimeraient lapider JarJarBinks » et avoir des membres.

5-magasin

En te promenant dans les rues de BoysTown, tu vas tomber sur des magasins arc-en-ciel. Dedans, il y a: des slips. Et là tu te dis que c’est horrible parce que toi tu préfères les caleçons alors voilààà comment qu’on peut pas être homo et porter des caleçon ouiii c’est un scandaaale tout ça tout ça.
Tu es au bord de péter un plomb en te mettant les slips sur la tête et en courant dans tout le quartier en faisant des cris de singe.

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D’abord, tu devrais mettre des slips si tu veux pas finir dans l’association des vieux qui ont le scrotum aux genoux. Ensuite tu vas te calmer parce que y’a pas que des slips dans la magaysin y’a aussi des polos Fred Perry.

6libraire

Dépité par toute la luxure du quartier gay, tu te rends dans une des librairies. Tu es emmerdé parce que tu n’as que 10 euros et tu te dis que ce serait bien quand même de lire ce livre sur les pratiques homosexuelles des hommes de Néanderthal et l’impact psycho-social sur la construction initiale de l’identité de genre, et en même temps ohlala c’est quoi cette bédé avec des musclors en manga?

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Fais toi plaisir ma fille. Tu auras tout le temps de découvrir les pratiques homosexuelles des hommes de Néanderthal et l’impact psycho-social sur la construction initiale de l’identité de genre quand tu seras vieux, puisque tu ne seras probablement plus le bienvenu nulle part.

7restau

Tu te demandes à quoi ça sert un restaurant gay. Tu entres dans « Le Paradisio » ou « La crêperie de Nénette ». Des folles en perruques te servent des burgers pas bons en t’appelant « mon chéri » et en te mettant mal à l’aise à coup de « bah alors, faut pas rougir! tu es timide! fais un bisou à Vulvana! ».
Tu avales ton burger en deux bouchées pour partir au plus vite.

-> PAS DE PANIQUE

La drag queen fait juste son travail. Elle n’est pas réellement intéressée par toi, seulement discuter de la saison 3 de SFU c’est pas génial pour faire « ambianceuh de la fêteuh », il faut bien attirer le chaland. La drag queen recherche le mec qui ne sait pas où se foutre et qui a peur (toi). Comme ça elle peut raconter ses blagues à deux balles (c’est un tuyau dans ma poche ou je suis contente de te voir? – elle sort un tuyau de sa poche), les mêmes qu’hier et il y a dix ans, sans avoir à improviser en fonction de la réponse. Bah oui, elle est au boulot, hein, elle préférerait être avec ses potes elle aussi.

8boitedenuit

Guilleret, tu mets ton plus joli t-shirt pour aller danser. Quand tu arrives sur le dancefloor, tu es le seul à ne pas être torse nu. Et tu découvres horrifié les conséquences de ton appétit pour la bière.
Tu cours vers les toilettes pour vomir ton burger du « Paradisio ».

-> PAS DE PANIQUE

La house est une musique qui a été inventée pour les gens qui ne savent pas danser. C’est très facile. Boum à gauche boum à droite boum à gauche boum à droite. Pour le t-shirt, t’inquiète pas, la mode est au bear, alors mets tes bourrelets en avant fièrement et dis à tout le monde que tu en as chié pour en arriver là, parce que t’as jamais faim.
Et puis si ton truc c’est plutôt le DeathMetalDoom, eh bah organises ta propre soirée pour pédés qui aiment le deathmetaldoom, t’inquiète pas, si tu fais un flyer avec un torse nu dessus, y’aura du monde, va.

9sexclub

Dépité par toutes ces aventures malheureuses, tu va te déposer dans la première boîte à cul venue. À force de marcher dans le noir complet, tu t’endors dans un coin de la cave. Le lendemain matin, tu es réveillé par une voix dans le haut parleur qui t’annonce que la boîte ferme et qu’il faut partir. Les néons s’allument. Tu découvres horrifié d’où venait cette odeur nauséabonde (là sur le mur, juste derrière ta tête). Quelques zombies errent encore, hagards, la capote pendouillante au bout du gland, et un monsieur hurle en se rendant compte que le fist qu’il était en train de pratiquer sur son partenaire… comment dire… disons qu’il y a un truc qui a rompu et que c’est pas le gant.

-> C’EST BON TU PEUX PANIQUER ET PARTIR EN HURLANT