Ou comment faire croire que les homos sont des privilégiés de la société. Franchement, il faut qu'on nous explique en quoi le projet de loi sur l'autorité parentale et le droit des tiers crée "des droits spécifiques" pour les homosexuels, comme l'a déclaré Jean Leonetti au Figaro (photo).

Le député-maire UMP d'Antibes avait été chargé par le groupe UMP de l'Assemblée nationale de réfléchir au statut de beau-parent, et François Fillon vient de lui confier, sous la tutelle du ministère de la Justice, une nouvelle mission sur "la modernisation de la législation sur l'autorité parentale et le droit des tiers". Dans ce cadre, il devra "dégager les moyens juridiques de favoriser tout ce qui servira l'intérêt de l'enfant, de réaffirmer la place des parents en tant que titulaires de l'autorité parentale et de faciliter la vie quotidienne des familles reconstituées", a-t-il annoncé dans un communiqué.

Interrogé par Le Figaro sur la polémique qui a suivi la présentation du projet de texte, porté par Nadine Morano pour le ministère de la Famille, Jean Leonetti répond: "Il n'est pas pertinent d'aborder la question de l'homoparentalité de manière détournée. Ce thème mérite un débat à lui seul. Il faudra donc éliminer ce sujet inutilement polémique qui brouille le véritable objectif du texte législatif: la défense de l'intérêt de l'enfant dans les familles recomposées. La mention des 30000 enfants qui vivraient dans un foyer composé de deux adultes du même sexe, qui figurait uniquement dans l'exposé des motifs, a semé la confusion. Il s'agit d'un simple constat mais certains y ont vu un préalable à l'adoption par les couples homosexuels. Pourtant, le texte n'est pas du tout axé sur leurs droits."

Résumons: 1- le texte ne fait pas avancer les droits des familles homos et 2- ce n'est pas le sujet, il n'y a donc pas de raison d'en parler maintenant. En fait, Jean Leonetti est en train de faire à ce projet de loi ce qu'il a déjà réalisé avec celui sur l'euthanasie: il arrondit les angles, et le vide de sa substance.

Nous sommes plutôt d'accord sur le peu de portée du texte actuel pour les familles homoparentales, qui ne fait qu'assouplir la loi de 2002, portée symbolique, parce que c'est déjà un progrès que l'exposé des motifs inclut les familles homos. Précisons un point au passage: le parent social n'est pas un tiers, c'est un parent, on ne peut donc vraiment pas parler de reconnaissance de l'homoparentalité. D'autre part, on ne voit pas très bien ce que la question de l'adoption vient faire là-dedans…

En revanche, à un moment, il va bien falloir que la majorité cesse de reculer pour mieux sauter, et accepte d'ouvrir réellement le débat. L'homoparentalité (ou plutôt sa prise en compte, puisque les couples LGBT n'ont pas attendu la loi pour faire des enfants) est une promesse de Nicolas Sarkozy, Jean-Paul Cluzel le rappelait ici même la semaine dernière…

Judith Silberfeld