Grégoire, qui fait partie des Jeunes Verts de Nantes, participait à la distribution de préservatifs et de tracts, juste avant le zap d’Act Up-Paris, dimanche dernier, devant la cathédrale Notre-Dame de Paris. Des activistes propape s’en sont pris violemment à des militants Verts et communistes, dont Grégoire qui a raconté dans un commentaire posté sur Yagg cet épisode douloureux. Nous avons décidé de reproduire ci-après son témoignage en intégralité.

« Lors des rencontres nationales de Jeunes Verts, en général, après un samedi consacré aux réunions nous organisons le dimanche une action de rue militante. Ce dimanche, nous avions choisi de distribuer des préservatifs accompagnés d’un tract explicatif sur le parvis de Notre-Dame de Paris pour signifier clairement notre indignation vis-à-vis des récents propos du pape et de ses relais politiques (Christine Boutin par exemple).

Arrivés à 11h20 sur la place, nous avons commencé calmement notre distribution. Les journalistes présents à ce moment-là (France Inter, RTL, Europe 1, Radio Campus…) ont classiquement commencé à nous interroger sur les motifs de notre action. Rapidement au bout de quelques minutes des militants « catholiques » intégristes sont venus vers les journalistes pour leur expliquer leur vision du sida et de la sexualité. La discussion était très vive.
On pouvait sentir que le parvis se remplissait de militants appartenant à l’extrême droite catholique. Au début ils paraissaient peu nombreux et éparpillés en petits groupes, donc difficilement visibles. Mais d’un seul coup leur « gourou », plus âgé, s’est mis à déclamer un discours particulièrement réactionnaire. Ses ouailles se sont alors regroupées d’un seul coup et se sont mis à chanter des slogans en latin et en français qui m’ont particulièrement révolté. J’étais à quelques mètres d’eux. J’ai eu alors une réaction presque physique de révulsion et j’ai crié mon désaccord.

J’ai eu à peine le temps de voir venir se jeter sur moi un militant d’extrême droite. J’ai été blessé légèrement et mon agresseur immédiatement interpellé. Juste après deux policiers en civil m’ont pris par le bras et m’ont demandé de manière musclée si je voulais porter plainte. Sonné, j’ai hésité trente secondes puis j’ai dit oui. On m’a emmené dans une voiture de police qui a commencé à aller au commissariat Bastille. Puis brusquement demi-tour, les choses s’étaient envenimées sur le parvis et la situation nécessitait l’envoi immédiat de renforts policiers pour contenir l’agressivité des extrémistes. J’ai donc attendu quelque temps dans la voiture avec une policière, ce qui m’a permis de téléphoner à Rémi Guerber, secrétaire fédéral des Jeunes Verts, pour qu’il soit au courant et prévienne les médias et les Verts de la gravité de la situation.

Au commissariat, après mon dépôt de plainte, le policier m’a demandé si j’étais prêt à faire une confrontation car nos deux versions divergeaient. Mais j’ai refusé car je me sentais totalement incapable de supporter ça. Peu après, alors que j’étais toujours dans le bureau de police, j’ai vu mon agresseur dans le couloir. Il était en train de discuter avec un policier, avait l’air très calme et poli. Ça m’a terrifié.

En sortant du commissariat, j’ai croisé des militants de Sidaction qui m’ont payé un café, et réconforté.

Je dois dire que j’ai été très bien accueilli par les policiers, totalement compréhensifs de la situation.

J’ai très vite appris qu’un autre jeune Vert avait été agressé plus gravement, et qu’après mon départ, il s’était encore passé beaucoup de choses.

Notre action se voulait bon enfant et en accord avec nos principes de non-violence. Nous avons fait face à une tentative d’intimidation grave et largement inexcusable. Il est totalement inacceptable que des militants pacifiques puissent être empêchés de manifester leur opinion sur l’espace public. Face à ces tactiques d’intimidation, la gauche et la droite démocratiques doivent exprimer publiquement leur mécontentement et leur désaccord. Il me paraitrait inconcevable que le président de la République ainsi que l’ensemble du gouvernement ne réagissent pas rapidement.

J’ai l’impression que depuis quelque temps les conservateurs intégristes se sentent totalement décomplexés et n’hésitent plus à exprimer de manière parfois violente leurs opinions nauséabondes sur la sexualité, l’avortement… Il faut absolument faire comprendre à l’ensemble des forces progressistes que le combat pour l’épanouissement de tous est loin d’être gagné. Il faut redoubler d’effort à ce sujet, et particulièrement en période de crise. Personne ne doit se laisser dicter sa conduite et chacun devrait être libre d’exister tout simplement tel qu’il est. Le combat contre le préservatif est symptomatique d’une volonté de contrôler et de normer la population (abstinence avant le mariage, homosexualité prohibée, sexualité réservée à la reproduction…). Ce genre de position contribue largement à la propagation du VIH et à la haine envers les minorités sexuelles. Il faudrait que tout le monde en prenne conscience.

Nous allons tâcher de médiatiser notre combat judiciaire afin que de tels actes ne se reproduisent plus et que nous ayons toujours la possibilité de militer librement, pacifiquement et sereinement sur l’espace public. Bien que physiquement peu atteint, je reste psychologiquement et moralement très choqué. Loin d’entamer ma détermination, ces événements m’incitent à continuer de militer chez les Jeunes Verts et dans les associations de lutte contre les discriminations.

La violence, quelle que soit sa cause (sexisme, homophobie, racisme, extrémisme de toute sorte) et qu’elle soit verbale, physique ou symbolique, est totalement inacceptable et doit être combattue avec vigueur. »

Grégoire, jeune Vert et par ailleurs militant féministe et homosexuel

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