La crise économique va-t-elle casser un outil performant de lutte contre les trois maladies les plus meurtrières dans le monde? Les pays riches, réunis ce week-end à Davos avec tout le gratin financier de la planète, semblent en tout cas prêts à abandonner leurs engagements en matière d’aide aux programmes du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

Lors d’une conférence de presse téléphonique depuis Davos, organisée par le Fonds, jeudi 29 janvier, c’est un cri d’alarme qu’a lancé son président, Rajat Gupta, qui fut longtemps directeur exécutif de la firme McKinsey & Company. « Si les pays du G8 ne tiennent pas leurs promesses de dons, a-t-il expliqué, ce sont près de cinq milliards de dollars qui vont manquer ces deux prochaines années, pour financer des programmes d’accès aux traitements antirétroviraux et contre la tuberculose, ainsi que des programmes de prévention du paludisme. »

Créé en 2002, le Fonds mondial, basé à Genève et dont le directeur exécutif est le Pr Michel Kazatchkine, a déjà permis de sauver des millions de vies. Le 1er décembre 2008, Carla Bruni-Sarkozy est devenue l’ambassadrice de cet organisme, qui finance des actions mises en place par les pays pauvres, dans un souci constant d’efficacité. Les résultats sont là: deux millions de séropositifs sont aujourd’hui traités par antirétroviraux, 4,6 millions encore reçoivent un traitement contre la tuberculose. Grâce au Fonds mondial, des millions de morts du paludisme ont été évitées.

Mais ces résultats très encourageants n’empêchent pas les gouvernements des pays riches de faire peser, par leur inaction, de lourdes menaces sur le Fonds mondial. Rajat Gupta a reconnu que déjà en 2008, les programmes avaient dû subir une coupe budgétaire de 10% (lire notre précédent article). « Il est temps pour les pays donateurs d’honorer leurs engagements ». Les trois maladies constituent une menace très sérieuse pour le développement du monde, a rappelé de son côté Michel Sidibé, le nouveau directeur de l’Onusida, l’agence des Nations Unies contre le sida. Rien qu’en Afrique, le coût économique du paludisme est estimé à 100 milliards de dollars.

Mais les mots les plus percutants de cette conférence de presse sont venus du très engagé Jeffrey Sachs, directeur de l’Institut des sciences à l’université de Columbia, à New York. Rappelant qu’il manque 5 milliards au Fonds mondial dans les deux prochaines années, il a cité un article du New York Times sur les bonus que se sont accordés les patrons de Wall Street à Noël dernier. Dites un chiffre? « Pas moins de 18 milliards de dollars, a expliqué Jeffrey Sachs, sont allés dans les poches des banquiers et autres traders, rien qu’à Noël. Et payés par l’argent public qui devait servir à renflouer les banques. » Le constat est édifiant. Si le Fonds mondial n’obtient pas les dons promis par les pays riches, ce sont près de 10 millions de personnes qui seront privées de traitement et 6,5 millions de nouvelles infections qui ne seront pas évitées.

« C’est tentant, en période de crise, de réduire les budgets de la santé, a conclu le président de News Corporation, Peter Chernin, qui milite contre le paludisme. Mais ce serait l’erreur à ne pas commettre. » « Les pays riches ont pris un engagement, maintes fois répété envers les pays touchés par ces épidémies, a lancé Michel Sidibé. Nous ne pouvons pas leur tourner le dos maintenant. »

Christophe Martet