Notre deuxième chat consacré au VIH a eu lieu mercredi dernier en direct. Retrouvez ci-dessous l’intégralité des échanges entre le Pr Christine Katlama et les internautes de Yagg. Et très bientôt la vidéo du making-of…

Yagg: Bonjour et bienvenue sur notre chat mensuel consacré au VIH.  Ce mois-ci, Yagg est très heureux d’accueillir le Professeur Christine Katlama.

Étienne: On lit souvent des annonces dans les journaux disant que le traitement
qui guérira complètement du sida est proche. Qu’en est-il vraiment?

Christine Katlama: Guérir veut dire débarrasser l’organisme définitivement du virus. Nous cherchons mais rien n’est proche. En revanche, le contrôle de la production de virus est complètement possible et permet de vivre quasi normalement.

Christophe: Pensez-vous que nous aurons bientôt des médicaments sans effet secondaire majeur?

Christine Katlama: Nous en avons déjà un certain nombre avec une excellente tolérance sur plusieurs années, surtout si les traitements sont débutés relativement tôt. Par ailleurs, nous évaluons dans des essais des stratégies de traitement plus légères en nombre de molécules et donc mieux tolérées à long terme.

Hélène: En vacances au Québec, un ami québécois m’a fait envie avec son comprimé
« tout en un ». J’ai rendez-vous pour faire comme lui. Mais des amis me
disent que le Sustiva rentre dans la composition du comprimé, et peut
créer des perturbations d’humeur… Je prends déjà du lithium, est-ce à
éviter? En vous remerciant.

Christine Katlama: Effectivement, le Sustiva peut donner brièvement des troubles à type de sensations de vertige, de rêves bizarres. Mais tout ceci disparaît rapidement chez l’immense majorité des patients.
Seulement chez quelques uns peuvent persister ou survenir des troubles de l’humeur. Compte tenu de votre traitement par lithium, le Sustiva n’est pas la molécule de choix pour vous.

Greg34: Pourquoi met-on autant de temps à trouver un remède contre le virus ? C’est un manque de moyens ?

Christine Katlama: Nous avons des remèdes contre le virus puisque nous sommes capables d’empêcher la multiplication du virus. Et par là, de restaurer ou d’empêcher la diminution de l’immunité. Ce qui permet comme déjà dit plus haut une espérance de vie normale. En revanche, nous ne pouvons pas encore déloger le virus intégré dans les cellules du corps et plus précisément dans l’ADN des cellules infectées. Les moyens sont fondamentaux pour continuer les recherches. La compréhension des mécanismes intimes entre virus et cellule prend du temps car ils sont très complexes.

Mathias: Bonjour professeur. Évidemment, j’aimerais savoir où en est la
recherche en matière de vaccin: un vaccin préventif contre le VIH et/ou
un vaccin qui soigne les séropositifs? J’aimerais connaître des
précisions sur la transmission du VIH par simple contact des muqueuses? Merci.

Christine Katlama: Vous avez deux questions. Premièrement, sur le vaccin. Aucun vaccin, ni préventif chez les séronégatifs, ni thérapeutique chez
les séropositifs n’a pu empêcher la survenue de l’infection
dans le premier cas ni celle de la réplication virale dans le second. En d’autres termes, cela ne marche pas. Nous savons un peu mieux pourquoi. Ce serait un peu long par chat de vous l’expliquer. Concernant votre deuxième question sur la transmission du VIH à travers les muqueuses: oui bien sûr, non seulement elle existe, à travers les muqueuses
sexuelles, mais elle est le mode de transmission le plus répandu.

Francis75: Que
pensez-vous des recommandations du Pr Hirschel ? Ne permettent-elles
pas aux séropos d’avoir une sexualité normale entre séropos étant
donné que la surcontamination est un problème résiduel, sinon hypothétique,
en tout cas qui fait débat scientifiquement parlant ?

Christine Katlama: Oui, je suis d’accord pour penser, comme le Pr Bernard Hirschel, que la sexualité entre séropositifs dont le virus est contrôlé, c’est-à-dire avec une charge virale indétectable pourrait s’affranchir de la barrière préservatif. Il faut le démontrer pour convaincre les communautés et les autorités. Je pense que cela viendra. D’ores et déjà, dans des couples dont le VIH est contrôlé chez les deux partenaires, j’ai déjà répondu favorablement à une demande de dispense de préservatif.

Youcef: Bonjour professeur, je suis séropositif depuis 2 ans. Comme mes bilans
sont très bons, mon médecin m’a dit que je pouvais me passer de
traitement pour le moment. Je sais que certains médecins préfèrent
traiter tout de suite. Quel est votre point de vue sur le sujet ?

Christine Katlama: Tout dépend de ce que l’on appelle très bon. En effet, il est démontré que le VIH est délétère même avec ce qu’on peut appeler des bons CD4. À l’heure actuelle, tout le monde doit être traité
avec moins de 350-400 CD4. Et, de plus en plus fréquemment, je suis amenée à proposer des traitements entre 350 et 500 CD4. Ceci est d’autant plus facile que les traitements se sont considérablement simplifiés et d’autant mieux tolérés que le traitement est débuté plus tôt.

Jeremiedepain: J’aimerais savoir si les risques de transmission du VIH sont élevés
lors d’une fellation non protégée? De plus, j’ai lu qu’environ 10% de la
population homosexuelle serait séropositive, que pensez de ces
estimations? Sur quoi s’appuient-elles?

Christine Katlama: Sur la fellation non protégée, le risque existe et d’autant plus quand la charge virale de la personne est élevée. Sur la fréquence de l’infection parmi les homosexuels, ce chiffre de 10% est une estimation. Une enquête épidémiologique avec test devrait être réalisée au printemps. Quoiqu’il en soit, toute personne de sexe masculin ou féminin ayant des relations sexuelles avec une personne de sexe opposé ou de même sexe doit se faire dépister.

Clopo: Y a t-il un lien direct ou indirect entre les odeurs corporelles ou mauvaise haleine et le VIH ou les hépatites? Merci.

Christine Katlama: C’est une blague?

Joe_1: Les dépistages rapides sont-ils vraiment fiables?

Christine Katlama:
Les tests rapides sont fiables. En cas de positivité, ils doivent être confirmés. La question est surtout de savoir qui les pratique. Je pense qu’ils devront faire partie du parcours de soins général. Je suis contre le test fait tout seul chez soi dans sa salle de bains, la fenêtre ouverte…

Franck: Y a t-il des traitements plus efficaces que d’autres contre le VIH?

Christine Katlama:
Il y a d’excellents traitements qui conduisent très vite à l’objectif de celui-ci, c’est-à-dire l’indétectabilité de la charge virale.

Delphine: Donnez-vous des traitements différents de ceux des hommes à vos patientes?

Christine Katlama: La palette variée des médicaments nous permet de choisir un traitement adapté à tous les patients: homme, femme, gros, maigre, travaillant la nuit et vivant à l’envers… Vraiment et j’insiste, il n’y a aucun patient qui ne puisse pas recevoir un traitement.

Vincent: Pensez-vous qu’il faille poursuivre quelqu’un qui vous a transmis le VIH?

Christine Katlama:
La poursuite judiciaire ne résoudra aucun des problèmes de transmission entre êtres humains. Puisque toutes les relations sexuelles, y compris celles entre époux officiels, peuvent être source de transmission du VIH si l’un des conjoints ou des partenaires est positif, tout couple humain, même éphémère, doit aborder la question du VIH. La fidélité n’est pas une protection. Il faut avoir le courage et le réflexe d’aborder naturellement la question du VIH.

Franck: La circoncision protège-t-elle vraiment?

Christine Katlama: La circoncision chez les hommes réduit le risque de transmission de moitié. Mais ne protège donc pas totalement. C’est seulement une réduction d’un risque. Ceci ne peut pas constituer un mode de prévention unique.
Merci à toutes et à tous pour vos questions très pertinentes, et très bonne soirée à vous… protégée!!!
À demain pour votre test.

Yagg: Merci à celles et ceux qui ont participé à ce chat. Nous avons été ravis d’accueillir le Pr Katlama. Rendez-vous en février pour notre prochain chat VIH.

Ce chat reçoit le soutien financier des
laboratoires MSD-Chibret. Conformément à la
législation en vigueur, ce laboratoire n’intervient pas sur les choix
éditoriaux et sur le contenu des chats.

© Yagg, 2009