Judy Wieder est une figure importante de la communauté LGBT aux États-Unis. Elle a été la rédactrice en chef de The Advocate et la directrice de la rédaction de Out, The Advocate, The OutTraveler, HIVPlus, et Alyson Books. Elle écrit à présent pour The Huffington Post et prépare la biographie d’une célébrité.


« L’ÉGALITÉ POUR TOUS… ENTRE LES MOTS? L’INVESTITURE DU PRÉSIDENT BARACK HUSSEIN OBAMA », PAR JUDY WIEDER
Je ne suis plus une lève-tôt. À l’époque où j’étais rédactrice en chef de The Advocate, j’avais l’impression de ne jamais dormir, et lorsque cela m’arrivait, je me réveillais tôt, avec des angoisses sur tout. Voilà ce que cela fait, d’avoir des responsabilités— ou à moi, en tout cas. À l’évidence, tout le monde ne réagit pas de la même façon. Certaines personnes, y compris des leaders, estiment qu’elles ne devraient pas être tenues responsables de leurs actions. C’est un problème. Mais d’autres, qui sont des leaders, sont capables d’assumer les responsabilités sans s’y perdre. Leur confiance en eux est grande et forte. La lumière qui émane d’eux est si brillante qu’ils n’éclairent pas juste le chemin pour les autres, ils leur rappellent également que la lumière est aussi en eux et qu’ils devraient l’allumer. De cette façon la nation verra mieux.

Barack Obama est l’un de ces hommes. C’est donc avec joie que j’ai réglé mon réveil suffisamment tôt pour le regarder devenir le 44e Président des États-Unis et ainsi franchir une frontière que beaucoup croyaient infranchissable. Mais j’ai eu beau essayer, deux mois après [l’élection] je ne ressentais toujours par l’abandon joyeux que tant d’autres exprimaient. Depuis l’adoption par la Californie de la Proposition 8 (le mariage ne peut être qu’entre un homme et une femme) le jour-même où Barack Obama devenait le président élu, mes papilles ont l’impression d’avoir goûté des aliments doux et amers en même temps.

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Alors que la victoire du président Obama représente une nouvelle ouverture en Amérique sur la question raciale, la défaite de tous les référendums concernant les LGBT (mariage et adoption) le 4 novembre représente le si long chemin qu’il reste à parcourir pour l’égalité de tous les citoyens d’Amérique. Aussi éloquent que soit notre président— et il est renversant! — je reste perplexe non seulement sur le fait qu’il croie que Michelle et lui puissent être mariés légalement et pas moi, mais aussi qu’il puisse dire dans son discours d’investiture: « Le temps est venu de réaffirmer (…) cette noble idée, transmise de génération en génération: la promesse de Dieu que nous sommes tous égaux, tous libres et que nous méritons tous la chance de prétendre à une pleine mesure de bonheur ». Mieux, c’est ce qu’il a répété sous une forme ou une autre pendant tout son parcours jusqu’à la Maison-Blanche. Comment va-t-il gérer ce manque de logique, ce conflit? Soit nous sommes égaux, soit nous ne le sommes pas. Mais c’est aussi ce que j’ai dit pendant tout son parcours.

Le révérend Warren joue sur les mots
Tandis que je me prélassais dans mon lit douillet en regardant des millions de gens se geler à Washington, je voulais naturellement m’assurer de ne manquer aucun mot de la performance du controversé révérend Rick Warren, qui a fait tant de bruit. Le temps d’antenne de l’évêque ouvertement gay Gene Robinson sur HBO dimanche a fait long feu en raison d’un manque de communication au sein du comité inaugural présidentiel. Beaucoup d’entre nous ont estimé que l’invitation faite à Mgr Robinson était une façon de se rattraper auprès de nous pour la prestigieuse place de Warren aujourd’hui [mardi], donc le cafouillage de dimanche a pris des allures de coup du sort.

Bizarrement le pasteur Warren a exprimé les mêmes sentiments que le président Obama, mais avec des fioritures religieuses: « Le Seigneur, dans le domaine complexe des relations humaines, nous aide à choisir l’amour, et non la haine. L’inclusion, et non l’exclusion. La tolérance, et non l’intolérance ». Et il a demandé à Dieu de pardonner « quand nous échouons à traiter les autres êtres humains et toute la Terre avec le respect qu’ils méritent ».

Magnifique! Vraiment. C’est ce qu’il nous faut. Mais quel rapport entre ces paroles et les actions, les sentiments et la façon de traiter les gays du révérend Warren? Il a fait des remarques horribles, dégradantes sur les gays par le passé. Lui et son Église de Saddleback ont vigoureusement soutenu la Proposition 8. Oh, oui, il a fait un travaille formidable pour combattre le sida et la pauvreté et c’est une réelle bénédiction. Mais c’est aussi un autre sujet. Il ne s’agit pas plus de droits égaux pour les LGBT que de droits pour les Afro-Américains ou pour ceux qui vieillissent. Le fait que Warren utilise son énorme travail contre la pauvreté et le sida comme preuve de son soutien aux homos est bidon. Il joue sur les mots.

Néanmoins, peut-il changer? Est-il en train de changer? Et entraînera-t-il beaucoup de monde avec lui si c’est le cas? C’est l’espoir qui fait agir le président et d’autres. C’est cette audace, à nouveau, et cela se vérifiera peut-être avec le temps.

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Mais l’espoir ne suffit pas. Si rien ne peut commencer sans espoir, il va falloir s’investir énormément. Nous qui sommes LGBT devons commencer à mettre la pression sur cet homme miraculeux, cet homme courageux, qui a pris sa vie entre ses propres mains aujourd’hui pendant sept minutes et est sorti de sa limousine blindée avec sa femme Michelle, hors de portée de la protection des services secrets, juste pour se rapprocher du peuple (photo ci-contre). Nous allons devoir insister en permanence, jusqu’à ce que nous aussi ayons notre place à cette table d’espoir. Nous allons devoir conduire ce président si persuasif, si gracieux, si déterminé à combler tous les fossés entre ses belles paroles et le rêve toujours inachevé de l’égalité pour tous dont il parle avec tant de passion.

Ainsi, lui et nous pourrons jouir d’une célébration encore plus forte, encore plus joyeuse en janvier 2013. Il ne fait aucun doute que le président Barack Obama, l’homme le plus populaire de la planète, a entendu l’expression « Ce n’est pas une fête s’il n’y a pas tout le monde ». Eh bien, tout le monde n’est pas encore là.

Texte et photos Judy Wieder

Vous pouvez lire ce texte en version originale ici.

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