Jeudi 15 janvier, Le Petit Journal de Yann Barthès sur Canal+ a révélé la présence de Jean-Paul Cluzel, président de Radio France, torse nu et en tenue de catcheur, dans le calendrier 2009 de la maison de tatouage Abraxas, au profit d'Act Up-Paris et du Centre LGBT de Paris. Pour Yagg, Jean-Paul Cluzel, qui n'a jamais caché son homosexualité, s'en explique.

Comment est née l'idée de votre participation à ce calendrier?
Loïc, l'un des tatoueurs d'Abraxas, et le photographe Vincent Mallea voulaient réaliser un calendrier sur la diversité des personnes tatouées. J'entrais dans la catégorie "homos de plus de 60 ans" (sourire). Mais je ne souhaitais pas apparaître en tant que président de Radio France. C'est le cas de tous les modèles qui ne sont pas présentés dans leur fonction.

Et puis jeudi dernier, l'équipe du Petit Journal de Yann Barthès vous a reconnu…
Beaucoup de gens des médias m'avaient reconnu, ainsi que mon copain qui pose avec moi et qui travaille dans le milieu culturel. La rumeur circulait dans Paris depuis quelque temps. Je n'ai pas trouvé ça dramatique. Le Petit Journal l'a présenté de manière intelligente.

Quelles réactions cela a-t-il suscité?
J'ai toujours été pour la visibilité des gays, pour le droit d'être soi-même. Et la plupart de mes amis et de mes collaborateurs ont trouvé que c'était bien, que cela fait partie de ma personnalité d'assumer ce genre de risque, je dirais. D'autres ont estimé que c'était imprudent de la part d'un président d'une entreprise publique, surtout à quelques mois de son renouvellement. Mais les opinions favorables du style "bravo, plus de gens devraient faire comme lui" l'ont largement emporté. En tout cas, personne n'a trouvé ça condamnable. Nous ne sommes pas nus, il n'y a rien de pornographique.

En France, on estime souvent qu'à partir du moment où une personnalité a fait son coming-out, elle doit se taire sur ces questions sinon elle est suspectée de faire du prosélytisme…
Vous avez tout à fait raison. C'est ce que certaines personnes à l'intérieur de Radio France ont estimé. Mais ce n'est pas nouveau. J'ai toujours dit que j'étais gay, je l'ai dit dès ma nomination. Je ne comprends pas ces accusations. Quand vous sortez avec vos enfants, personne ne dit que vous faites du prosélytisme pour la famille nombreuse.

Vous organisez lundi prochain une journée de la diversité sur toutes les antennes de Radio France…
Ce calendrier est devenu connu trois jours avant cette journée, et c'est totalement fortuit. Je n'y suis pour rien. Cette journée a été décidée après l'élection d'Obama. Depuis 5 ans, j'ai souhaité faire progresser la diversité de nos équipes sur l'ensemble de nos antennes. Il y a un travail à faire en France pour faire évoluer l'idée de nation que nous avons héritée de Jules Michelet.

Dans la tribune publiée dans Le Monde hier, vous commencez par cette phrase: "Très tôt, la vie m'a fait comprendre que l'idéal républicain de la nation allait devoir intégrer une notion nouvelle pour la France, celle des communautés." En France, on oppose généralement idéal républicain et communautés…
Je crois que c'est une erreur. Les communautés sont une réalité. Vous n'empêcherez pas un maghrébin qui vit dans une barre d'HLM de se sentir plus proche d'un autre maghrébin qui vit lui aussi dans une barre d'HLM que de M. Cluzel qui vit dans une rue agréable du Marais. Le problème de la France, c'est de savoir comment créer un sentiment d'appartenance commune à partir de nos individualités mais aussi de nos communautés fondées sur les origines, les modes de vie, etc. Sinon, on aboutit à des affrontements comme ceux qu'on a connus à l'occasion de l'intervention de l'armée israélienne dans la bande de Gaza. Ignorer la réalité des communautés, ne pas la prendre en compte dans une conception moderne de la nation, est effroyablement dangereux.

Propos recueillis par Yannick Barbe

Photo Vincent Malléa