La pause hivernale se termine pour les séries américaines. Après vous voir parlé de Brothers and Sisters, Desperate Housewives et Grey's Anatomy, Yagg revient sur la première saison de True Blood, qui, contrairement aux trois pré-citées a déjà été diffusée dans son intégralité. Décevante dans un premier temps, la série, inspirée de La communauté du Sud, une série de romans de Charlaine Harris, s'améliore très rapidement.
True Blood est diffusée en France sur Orange Cinémax.

LES VAMPIRES EXISTENT
True Blood
est la nouvelle création d'Alan Ball, le créateur de Six Feet Under, sans doute l'une des meilleures séries jamais écrites. À ce titre, c'est peu dire que la première saison de cette histoire de vampires était attendue avec impatience.

L'intrigue est située dans la petite ville américaine fictive de Bon Temps, en Louisiane. Deux ans auparavant, un savant japonais a réussi à synthétiser du sang, permettant ainsi aux vampires de révéler leur existence au grand jour. Et oui, ils et elles existent! Ces derniers tentent désormais de s'intégrer parmi la population et d'obtenir l'égalité des droits. Beaucoup y ont vu une métaphore de la lutte des gays et des lesbiennes, à la grande irritation d'Alan Ball. Il y a sans doute un peu de ça en effet. Les vampires doivent affronter les mêmes bigots et le slogan "God Hates Fangs" (Dieu déteste les crocs), taggé sur certains murs, rappelle inévitablement le "God Hates Fags" (Fags signifie pédés). Au delà de ça, les parallèles se révèlent sans doute plus nombreux avec la lutte des africains-américains pour les droits civiques.

Avec la sortie du cercueil des vampires, tout un tas de créatures se font jour. L'héroïne de la série, Sookie Stackhouse, interprétée par Anna Paquin (Golden Globe 2009 de la meilleure actrice de série dramatique pour ce rôle) peut lire dans les pensées. Un autre personnage important peut se changer en animal (et nous apprend au passage que les loups-garous existent aussi!). Autour d'eux, les simples humains font ce qu'ils peuvent et luttent avec leurs propres problèmes. La meilleure amie de Sookie, Tara, vit avec une mère alcoolique au dernier degré, le patron du bar où elle travaille est amoureux d'elle, son frère est un chaud-lapin aussi sexy qu'idiot dont les maîtresses se font mystérieusement assassiner. Et puis, il y a Bill le vampire, beau jeune homme de plus d'une centaine d'années (il était soldat pendant la guerre de Sécession, que les habitants de Bon Temps appellent La guerre pour "l'indépendance du Sud"!). Bill, qui tente de s'intégrer parmi les humains, tombe amoureux de Sookie la serveuse. Et réciproquement. 

L'HOMOSEXUALITE, UN NON-SUJET
L'homosexualité est un non-sujet dans True Blood. Et c'est en cela qu'elle est parfaitement intégrée à l'histoire. Il y a bien sûr quelques personnages gays, comme Lafayette, le cuisinier du bar où travaille Sookie, dealer et propriétaire de site X à ses heures; ce quinquagénaire, devenu vampire en pensant que ça lui permettrait de mieux assumer son homosexualité; ou encore l'assistante du "shérif" vampire qui ne semble pas insensible aux charmes féminins. Mais l'homosexualité est surtout abordée de manière naturelle: au détour d'une conversation ou dans le regard d'un personnage sur un autre. Pas comme une pièce rapporté ou un élément artificiel d'intrigue supplémentaire. Ça change.

Le véritable sujet de True Blood, selon Alan Ball, c'est "l'intimité et ses terreurs" ("the terrors of intimacy"). L'apparition de nouvelles créatures forcent les humains à réfléchir sur eux-mêmes, sur leur condition, sur leur peur de l'inconnu. C'est en cela que la série rappelle inévitablement l'un des axiomes de Six Feet Under: rien de mieux que les morts pour vous aider à réfléchir sur les vivants. 

Xavier Héraud