Xavier Bertrand l'avait promis en 2006. Roselyne Bachelot, qui lui avait succédé à la Santé, l'avait confirmé en novembre 2007 en se déclarant, à l'occasion d'une conférence de presse, favorable à la suppression de l'interdiction du don du sang par les gays. Un an plus tard, la même ministre fait machine arrière.

Dans une interview à Éric Favereau de Libération, publiée le 14 janvier, Roselyne Bachelot vient de réaffirmer l'exclusion des gays du don du sang.

"Au début, quand la question s'était de nouveau posée, j'avais clairement demandé à ce que l'on étudie la possibilité de revenir sur cette contre-indication", explique la ministre. S'appuyant sur des données qu'elle juge "incontestables", et qui indiqueraient que 10 à 18% des gays seraient séropositifs, contre 0,2% pour le reste de la population, Roselyne Bachelot maintient donc l'interdiction. "Il y a un risque, et ce risque est trop élevé, affirme-t-elle. D'où le maintien de cette contre-indication. Ce n'est pas une option philosophique, c'est une question de sécurité transfusionnelle. Actuellement, on ne peut pas faire courir ce risque aux malades."

Depuis des années, cette mesure d'interdiction, qui date de 1983, fait débat, y compris au sein de la communauté homo. Au printemps 2006, trois associations, Élus locaux contre le sida, la Fédération française des centres LGBT et SOS Homophobie demandaient la levée de l'interdiction et souhaitaient notamment que le concept de populations à risque soit remplacé par celui de conduites à risques. Dans le questionnaire remis aux donneurs de sang avant prélèvement, la question de la sexualité est posée. Indiquer que l'on est homosexuel exclut pour toujours du don du sang, alors qu'un hétérosexuel qui a des conduites à risque se voit refuser temporairement le don.

À l'époque, les associations semblaient avoir été entendues, puisque dans le nouveau questionnaire préparé par le ministère de la Santé, la question "Avez-vous eu des rapports homosexuels?" devait être remplacée par "Avez-vous eu des rapports sexuels à risque?". C'est en tout cas ce qu'avait confirmé Xavier Bertrand en février 2007, malgré l'hostilité de l'Établissement français du sang (EFS). Ce questionnaire n'a en fait jamais été envoyé aux établissements de collecte de sang. Aujourd'hui, le gouvernement fait machine arrière et le débat est relancé.

Christophe Martet

[mise à jour,
mercredi 14 janvier, 13h05
] Dans un communiqué, Act Up-Paris dénonce la décision "violente" et "discriminatoire" de la ministre. "Si la prévalence est en effet plus forte chez
les gays, les nouvelles contaminations concernent désormais davantage
les hétérosexuels", explique l'association, qui poursuit: "
Les critères de sélection des
donneurs ne permettent pas d'évaluer le fait d'avoir eu ou non des
rapports systématiquement protégés ou le fait d'avoir effectué un test
de dépistage.
Données qui
pourtant constituent les seules bases fiables à une évaluation efficace
du risque transfusionnel, objective et non discriminante, du niveau de
risque d'infection." L'intégralité du communiqué se trouve sur le site d'Act Up-Paris.

[mise à jour, mercredi 14 janvier, 17h40]  Dans un communiqué, Mireille Le Corre, secrétaire nationale du PS à la santé et à la sécurité sociale, a annoncé que le Parti socialiste "demande qu’une évolution du système du don du sang permette de changer les procédures, afin d’éviter ces amalgames et discriminations tout en améliorant la prise en compte des risques réels." Le PS "refuse que l’on confonde les populations dans leur ensemble et les pratiques à risque. Cette confusion est à la fois discriminatoire et inefficace. Elle est discriminatoire, car on assimile tout homosexuel à un porteur de risque. Les pratiques à risque ne les concernent évidemment pas tous et les hétérosexuels peuvent aussi avoir des pratiques à risque. Le message ainsi donné à la population est que tout homosexuel, quelles que soient ses pratiques, est un séropositif potentiel. Elle est inefficace, voire dangereuse, car le risque est ici d’encourager la dissimulation de la réalité des pratiques des personnes désireuses de donner leur sang, dès lors que l’on est sur un système déclaratif."