C'est la pause hivernale pour les séries américaines. Pour certaines
d'entre elles, la totalité des épisodes a déjà été diffusée, pour
d'autres, le chemin n'est qu'à moitié fait. Les personnages homos y
connaissent des sorts variés, de la banalisation la plus complète à
l'éviction pure et simple car trop dérangeants.

Aujourd'hui, Yagg revient sur la première partie de Brothers and Sisters, saison 3. Diffusée sur la chaîne ABC aux États-Unis, elle est actuellement retransmise sur la chaîne du câble FoxLife. Attention, spoilers! Si vous ne voulez pas connaître la suite, ne lisez pas ce qui suit…

HUG, HUG, HUG
Bienvenue chez les maniaques du hug. Brothers and Sisters, c'est un peu toujours la même chose. Il arrive quelque chose (un adultère, un enfant caché, un problème d'alcool, une trahison familiale, cochez la case correspondante) à l'un des membres de la famille Walker, composée d'une veuve, de son frère, de ces cinq enfants, de la maîtresse du défunt mari et de la fille de cette dernière. La nouvelle se répand petit à petit parmi la fratrie et la situation explose au repas de famille suivant, et puis tout le monde se réconcilie avec un hug (l'équivalent d'une embrassade) chaleureux, souvent assorti d'un I love you de circonstance. Au bout de trois saisons, on ne compte donc plus les hugs consécutifs à une bisbille ou une quelconque embrouille. Typiquement américaine, cette propension à s'embrasser à tout bout de champ paraît bien exotique vue de France.

On ne survivrait pas à tout cet étalage d'affection sans une distribution impeccable, assurément le point fort de la série. Sally Field est formidable en Nora Walker, mère de famille nombreuse parfois dépassée par les événements. La magnétique Patricia Wettig, vue dans Alias, Prison Break (la présidente Caroline Reynolds, c'était elle) ou il y a quelques années, Thirtysomething, incarne avec brio la "méchante" de la série, Holly Harper, maîtresse pendant 20 ans du mari de Nora. Et Calista Flockhart (Ally McBeal) et Rachel Griffiths (la Brenda de Six Feet Under) forment un duo de sœurs aussi improbable que réussi.

Face à un tel casting féminin, il est plus difficile pour les comédiens d'exister, mais chacun s'acquitte de sa tâche avec les honneurs, Rob Lowe en tête.

RESTRUCTURATION
La saison 3 continue de tourner autour de l'entreprise familiale Ojai Foods, qu'Holly (l'ancienne maîtresse) a repris en main avec l'aide de Tommy, l'un des frères. Il faut restructurer. Alors les licenciements et les démissions pleuvent et certains personnages doivent reconstruire leur vie. Une autre essaie d'avoir un enfant. Un dernier d'avoir pour la première fois une relation amoureuse saine (avec la fille qu'il croyait être sa sœur, quand même). Ici, pas de meurtre mystérieux, de disparition inquiétante, de sous-intrigue d'espionnage. Nous sommes dans une simple comédie familiale. Dire que cela est reposant serait faire fi des engueulades à répétition qui secouent en permanence la famille Walker. Mais ça change.

Brothers ans Sisters est également exemplaire dans son traitement des personnages gays. La saison 3 est notamment celle de l'épanouissement du couple gay Kevin Walker/Scotty. La saison 2 s'était terminée par leur cérémonie d'engagement — multiples larmes et hugs à la clé, évidemment. L'événement avait même été qualifié d'"historique" par l'association Glaad. Et pour une fois, un personnage gay (celui de Scotty) est interprété
par un acteur ouvertement gay, le craquant Luke MacFarlane, ex dans le
vie de T.R. Knight et boyfriend supposé (ou rêvé?) de Wentworth Miller. Lors de la saison dernière, on avait aussi assisté au coming-out progressif de Saul (impeccable Ron Rifkin, ex-méchant d'Alias), le frère de Nora. Gageons qu'il fera une rencontre amoureuse avant la fin de cette année.

Sans vouloir faire une fixation sur le sujet, ce traitement tranche avec celui réservé au couple lesbien Callie/Erica Hahn, tué brutalement dans l'œuf dans la cinquième saison de Grey's Anatomy (voir notre compte-rendu), pourtant diffusée elle aussi sur la chaîne ABC. On aura aussi remarqué que si les gays sont des personnages à part entière dans Brothers and Sisters, on n'y trouve point de lesbienne. Simple hasard? Lesbophobie? En tout cas, largement de quoi décréter une grève du hug.

Xavier Héraud