C'est la pause hivernale pour les séries américaines. Pour certaines
d'entre elles, la totalité des épisodes a déjà été diffusée, pour
d'autres, le chemin n'est qu'à moitié fait. Les personnages homos y
connaissent des sorts variés, de la banalisation la plus complète à
l'éviction pure et simple car trop dérangeants.

Aujourd'hui, Yagg revient sur la première partie de Desperate Housewives, saison 5. Attention, spoilers!

C'est la poisse pour Fairview, la petite ville de banlieue où vivent les Desperate Housewives. Après une prise d'otages au supermarché (saison 3), un ouragan (saison 4), voici maintenant, avec la cinquième saison, l'incendie du bar. Et s'il n'y avait que ça! Cinq années après le début des aventures de Susan, Bree, Gabrielle, Lynette et Edie, on ne compte plus les voisins morts, les psychopathes, les kidnappeurs et ceux qui tentent de cacher un passé sordide (il y a même eu un pédophile). Contrairement aux catastrophes plus ou moins naturelles, qui ont donné à chaque fois d'excellents épisodes, les intrigues criminelles ne sont pas les histoires les plus intéressantes de la série créée par Marc Cherry, mais il faut les prendre pour ce qu'elles sont: de simples contrepoints à ce qui est assurément le point fort de Desperate Housewives, à savoir la comédie.

WISTERIA LANE, CINQ ANS APRÈS
La principale nouveauté de cette année est que la série reprend cinq ans après la quatrième saison, comme le laissait penser la fin de cette dernière. Gabrielle et Carlos ont eu deux enfants — deux filles dont l'indice de masse corporelle est sans doute un peu élevé; Susan et Mike ont divorcé; Orson a fait un peu de prison; Bree et Katherine ont désormais une entreprise prospère, les enfants de Lynette et Tom ont grandi, et Edie s'est mariée à un type qui apparaît vite comme le "méchant" de la saison.

Dix épisodes plus tard, force est de
constater que les personnages parviennent à garder toute leur verve comique et réussissent même, de temps à autre, à émouvoir (Susan notamment, un peu moins gaffeuse que d'habitude).
Certes, on peut reprocher à la série de ne pas beaucoup se renouveler
ou de ne pas prendre beaucoup de risques. Mais change-t-on une équipe
qui gagne? Surtout pour un divertissement?

ANDREW "REDEVIENT" GAY
Le couple gay (photo, avec Gabrielle et Carlos), introduit l'an dernier, poursuit son petit bonhomme de chemin. Les deux hommes sont maintenant des personnages secondaires comme les autres, distillant petites répliques bitchy ici ou là. On notera aussi qu'Andrew, le fils de Bree, "redevient" enfin gay. Après un boyfriend à la première saison, le personnage interprété par Shawh Pyfrom, s'est retrouvé étrangement seul pendant quelques années. On apprend à l'épisode 9 qu'il vient d'emménager avec un chirurgien de l'hôpital de Fairview. Et l'épisode suivant, qu'il veut l'épouser. Mais les voisins gays reconnaissent le chirurgien pour l'avoir vu jouer dans un porno et vendent la mèche à Bree. Cette dernière s'empresse de louer le DVD et mettre les choses au point avec son fils. Comme toujours dans Desperate Housewives, tout finit par s'arranger (même la cécité permanente d'un personnage). Espérons seulement que l'État où se situe Fairview n'a pas sa Proposition 8 à lui.

Saluons aussi l'arrivée de la comédienne ouvertement lesbienne Lily Tomlin, qui incarne ici la très rusée sœur de Karen McCluskey, l'une des voisines les plus attachantes de Wisteria Lane. Il s'agit peut-être de chauvinisme homo, mais on est heureux de voir qu'une série qui emprunte autant aux codes de la culture gay s'assume enfin un peu davantage. Et tant pis si ce n'est qu'une manœuvre destinée à retenir un public qui pourrait finir par se lasser.

Au final, il n'y a peut-être pas grand chose de nouveau sous le soleil de Wisteria Lane, mais, décidément, on ne songe guère à s'en plaindre.

Xavier Héraud