Arte diffuse demain samedi, à 18h, le documentaire inédit Homophobie à l’italienne, de Gustav Hofer et Luca Ragazzi, récompensé dans de nombreux festivals homos du monde entier (voir le trailer ci-dessus).

Ou comment un couple gay (les deux réalisateurs eux-mêmes) découvre l’homophobie de son pays, au moment des débats autour du projet DICO, un pacs à l’italienne. Gustav Hofer a répondu aux questions de Yagg.

Ils sont deux garçons, Luca Ragazzi et Gustav Hofer. Tous deux journalistes et cinéastes, ils habitent Rome et vivent en couple depuis huit ans. Lorsqu’en avril 2006, le gouvernement de Romano Prodi propose une loi sur l’union civile pour les concubins sans distinction de sexe — le DICO (abréviation de DIritti e doveri delle persone stabilmente COnviventi), un pacs à l’italienne —, ils découvrent avec consternation que l’Italie n’est pas encore prête à les accepter tels qu’ils sont. L’annonce de la proposition de loi, reprise par la droite et tout ce que le pays compte de religieux, soulève une vague d’homophobie. En février 2007, après qu’un sénateur influent proche du Vatican empêche le vote du budget de la mission italienne en Afghanistan parce qu’il refuse d’approuver un gouvernement en faveur de la reconnaissance des couples gays et lesbiens, Luca et Gustav sentent qu’il faut réagir et comprendre les réactions de cette Italie d’un autre siècle.

Ils se lancent alors dans la réalisation d’un film, monté à partir de trente heures de rushes. Un subtil mélange entre carnet de bord et journal intime de leur couple auquel s’ajoute de multiples rencontres sur les chemins de l’Adige: officiels et politiciens, quidam dans la rue, partisans de la position du Vatican et porte-parole du Saint-Siège…

Tourné avec leurs propres moyens, le documentaire surfe sur le ton de l’ironie et de l’humour, avec par moment des accents de tragédie lorsque Luca et Gustav constatent le véritable malaise de la société italienne autour de l’homosexualité. Malaise incompréhensible pour eux qui vivaient jusque-là dans leur microcosme romain.

Intitulé Suddenly, Last Winter (ou en italien: Improvvisamente l’inverno scorso) en hommage au film de Joseph L. Mankiewicz (Suddenly, Last Summer), le documentaire prend en France le titre d’Homophobie à l’italienne à la demande d’Arte pour une version de 60 minutes diffusée ce samedi 3 janvier, à 18 heures. Les amateurs de la chaîne franco-allemande reconnaîtront sans mal Gustav Hofer, le présentateur occasionnel d’Arte Culture et correspondant italien, qui a pris le temps de répondre à quelques questions pour Yagg.

Comment réagit-on quand on apprend l’homophobie latente de son pays en 2006?
C’était une surprise complète de découvrir que l’Italie était dans un tel état d’esprit. Nos médias (contrôlés et pas vraiment libres) n’arrivaient pas à expliquer quel était l’enjeu du DICO. Les homophobes et les fondamentalistes avaient un temps de parole sans égal à la télévision, et les gens dans la rue ne faisaient que répéter ce qu’ils y entendaient. On a réalisé qu’on vivait dans notre petit microcosme où cette question n’avait pas lieu d’être… mais qu’une large partie de la population se sentait plus à l’aise en suivant une ligne stricte contre l’homosexualité, une « voie iranienne » plutôt qu’une « voie européenne ». Et c’est assez difficile de se sentir étranger en son propre pays.

Au cours des multiples projections de votre film, et notamment dans les endroits les plus isolés de l’Italie, quelle a été la réaction des spectateurs?
La plupart des gens soutenaient notre film. On a animé de nombreux débats dans des coins cachés du pays où l’on a vu qu’un grand nombre d’Italiens croient à l’égalité. De nombreux catholiques qui ont vu le film nous ont expliqué que l’Église ne parlait pas en leur nom. D’autres, tout aussi nombreux, nous ont remerciés pour leur avoir permis de comprendre ce que signifiait vraiment l’homophobie et à quel point le Vatican continuait d’influencer la vie politique dans notre pays.

Le film a-t-il bénéficié d’une sortie au cinéma?
Non, lorsque nous avons rencontré des distributeurs, tous ont refusé de distribuer le film en prétextant que ce n’était pas le bon moment pour un point de vue politique!

Quelle est la situation aujourd’hui?
Avec le retour de Berlusconi, le projet DICO a définitivement été enterré. Un loi d’union civile pour les couples de même sexe n’est pas au programme du gouvernement. Cependant, il semble que les médias italiens, l’Église et les politiciens continuent d’être obsédés par l’homosexualité. Le pape, particulièrement, semble avoir plus à raconter sur le sujet que sur les questions spirituelles auxquelles il est supposé se consacrer…

Romain Buthigieg

Homophobie à l’italienne, le samedi 3 janvier, à 18 heures, sur Arte.

Voir aussi le site internet du film ici.