L'idée d'un centre de santé sexuelle à destination des gays était dans l'air depuis un certain temps parmi les acteurs de la lutte contre le sida. Elle est en train de se matérialiser avec le projet de l'association Sida Info Service. L'un de ses responsables, le Dr Michel Ohayon, nous dit tout sur ce futur centre.

Qu'est-ce qui vous a amené à travailler sur un centre de santé sexuelle?
Comme plusieurs autres acteurs de la lutte contre le sida, nous sommes partis de l'idée qu'avec l'arrivée des tests rapides, il fallait modifier l'usage du dépistage. Mais nous n'avons pas eu la même réflexion que les autres. Nous nous sommes dits que faire du dépistage, même différemment, ça ne restait que faire du dépistage et que peut-être il était temps de faire autre chose.
Nous avons ensuite réfléchi à l''organisation et à la conception des centres de santé en France. Il y a des lieux où on fait de la prévention et de l'information, c'est très bien. Dans d'autres lieux, on va faire du dépistage, dans d'autres lieux encore, on va faire des soins. Nous voulons essayer de proposer quelque chose de plus global.
Sida Info Service est une association de lutte contre le sida. Clairement, notre objectif est, autant que faire se peut, de contribuer à la réduction de l'épidémie. Des lieux où le VIH est la porte d'entrée, il y en a pas mal. Il y en a peut-être même suffisamment. En revanche, des lieux où la porte d'entrée, c'est la sexualité, il n'y en a à ma connaissance à peu près aucun. En tout cas, aucun où les gens peuvent à la fois se faire dépister, se faire soigner, se faire suivre — s'ils sont séropositifs. L'idée que nous voulions approfondir, c'est que des gens vont avoir envie de venir parce qu'ils ont une question ou un symptôme qui est causé par leurs pratiques sexuelles — ou qu'ils imaginent comme étant associé à leur sexualité — et pour qui on pourra éventuellement trouver d'autres facteurs de risque, d'autres solutions.

Sida Info Service est-elle la seule association sur ce projet? Aides travaille également à cette question…
Aides n'a pas souhaité s'associer à ce projet. Le leur concerne uniquement le dépistage. Personne d'autre n'a envie de se lancer dans le soin. Pour nous, le soin peut être une porte d'entrée vers la prévention, la prévention peut être une porte d'entrée vers le soin et, encore une fois, tout cela peut se faire au même moment, car les liens entre ces aspects sont quasi permanents.

À qui s'adressera ce centre?
Il s'adresse à toutes les personnes dont la sexualité peut constituer un obstacle à l'entrée dans des centres de santé classiques. Nous sommes à Paris, la population à laquelle nous nous intéressons, c'est évidemment les gays. C'est un lieu qui a vocation a être très largement gay-friendly et où l'ensemble des sexualités gays pourra être entendue. Quoique certains gays n'auront peut-être pas besoin de nous. En revanche, ceux qui ne se protègent pas, ceux qui prennent des risques, ceux-là, nous pensons qu'il y a des choses à faire avec eux.
Par ailleurs, une femme qui fréquente un milieu échangiste le week-end et qui pense qu'elle a des soucis de santé par rapport à ça pourra venir chez nous. Nous voulons également lancer un ballon d'essai à destination des lesbiennes, par rapport au dépistage des cancers. En revanche, nous n'avons pas vocation à faire le travail là où il est déjà fait, comme par exemple sur la contraception.

Quelle est la dimension du projet?
Nous avons été obligés de voir petit pour commencer. Le projet veut se distinguer en étant pluridisciplinaire tout en faisant appel à peu d'acteurs. Je m'explique. Ce que nous savons faire à Sida Info Service, c'est répondre à 80-90% des questions que posent nos usagers. Même si nous avons tous des spécialités ou des expertises différentes, nous avons un tronc commun qui fait que nous pouvons tous répondre à une majorité de personnes. Nous voulons donc faire différemment. Et ne pas saucissonner les gens en cinquante parties, cinquante intervenants, cinquante lieux. L'idée est de travailler avec une équipe restreinte, soit un noyau de médecins, d'infirmiers et de l'équivalent de ce que sont les écoutants de Sida Info Service. D'autres experts interviendront de manière ponctuelle. Nous voulons que ceux qui accueilleront le public ne soient pas que des intermédiaires et qu'ils puissent répondre directement au problème qui se pose.
Au départ, nous ouvrirons du lundi au samedi, de 16 à 20 heures. Nous voulons essayer d'être là quand d'autres ne le sont plus et être accessibles, par exemple, à ceux qui travaillent et qui n'ont pas le temps de se rendre à un autre centre ouvert à des horaires de bureau. 

Comment sera-t-il financé?
Je ne peux pas répondre complètement étant donné que certains financements ne sont pas encore bouclés. Ce sera un centre de santé qui obéira au statut des centres de santé, ce qui signifie que tous les actes de soins seront financés par la sécurité sociale — sous réserve que nous obtenions l'agrément, ce à quoi nous travaillons actuellement. Mais il y a toute une nomenclature de services qui ne relève pas du soin et qui doivent être subventionnés. Nous avons donc fait appel aux partenaires habituels (Sidaction, collectivités locales) et publics.

Sera-t-il soutenu par la Mairie de Paris?
Pour dire les choses très clairement, la Mairie de Paris nous fait des promesses depuis un an et demi maintenant, et elles sont toujours conditionnées à une nouvelle condition à remplir. Pour l'instant, à part des promesses, nous n'avons rien.

À quelle date avez-vous prévu d'ouvrir ce centre?
Le plus vite possible. Pour voir le jour, il faut avoir un agrément, pour avoir un agrément, il faut des locaux. Nous sommes en train d'en chercher. Dans l'idéal, nous aimerions ouvrir au cours du premier semestre 2009. Mais plutôt côté juin que côté janvier.

Propos recueillis par Xavier Héraud