Rescapée de la vague éro-libertaire des années 70, Hélène Hazera est productrice à France Culture pour l'émission Chanson Boum! consacrée à la chanson francophone, après avoir été 20 ans journaliste à Libération (Mlle HH 007). Elle milite pour les droits des trans et la lutte contre le sida. Dans une série de chroniques pour Yagg, Hélène propose trois portraits de femmes artistes. Après Nicole Louvier, première femme auteure compositrice interprète, le deuxième épisode est consacré à Catherine Sauvage qui, 10 ans après sa mort, revit grâce au DVD.

Catherine Sauvage, le scandale de la qualité
Dix ans après sa mort (dans une relative indifférence) enfin des images de Catherine Sauvage sur scène: tout un récital à Bobino quelques mois après les émois de mai 68!  Elle est au mieux de sa forme, avec un répertoire à se mettre à genoux: du Léo Ferré bien sûr, mais aussi les grands Québécois, Gilles Vigneault, Félix Leclerc, et toutes sortes de curiosités comme cette Lettre d'un assassin à son roi de l'assassin-poète (qui finit guillotiné) Lacenaire, à côté des poèmes mystiques de la catholique Marie Noël.

Catherine, c'était le scandale de la qualité. En ce moment, nous avons droit à un éloge des émissions des Carpentier, producteurs d'émissions télé (avec leurs images si plan-plan, gros plan, plan général et on recommence) mais une Catherine Sauvage n'y était que peu conviée. Pour les Carpentier, Catherine Sauvage, c'était trop intellectuel, et surtout trop engagé. N'avait-elle pas signé l'appel des 361 contre la guerre en Algérie? Ce qui lui valu une longue interdiction de radio et de télé. Elle fit mieux et ses amis l'apprirent à son enterrement, durant lequel un officiel algérien prit la parole: "Vous perdez une artiste, nous perdons une amie", et de raconter que Catherine avait logé chez elle des militants du FLN qui s'étaient évadés de Fresnes.

Dans la captation de son récital de Bobino, la caméra la caresse tendrement pendant qu'elle feule, la belle féline, celle qui griffe avec sa langue et sa gorge, celle dont les mains font des croquis à l'emporte-pièce et dont le sourire dévore. Et les "r" roulent, chaleureux. Le micro est tout près, on n'entend pas trop la salle surchauffée. Ceux qui ne l'ont pas connue vont pouvoir la découvrir, ceux qui l'ont aimée— elle a toujours eu sa garde rapprochée de lesbiennes et de gays, on s'en doute— la retrouveront avec bonheur. En prime une belle interview… opiniâtre et drôle.

Raphaël Caussimon, qui produit ce DVD chez Harmonia Mundi, en a sorti un tout aussi nécessaire, consacré à son père Jean-René Caussimon (l'auteur de Monsieur William et combien d'autres). S'il avait tenu quelques années de plus, il ferait des duos avec les rappeurs…

Hélène Hazera

Catherine Sauvage, "Récital à Bobino 1968", coffret 1 DVD, 1 CD 27 titres et un livret de 48 p.