Orson Welles disait d’Eartha Kitt, avec qui il eut une liaison torride, qu’elle était « la femme la plus excitante du monde ». Et bien avant Madonna, elle donna l’image d’une performer complète, menant de front une carrière au théâtre, au cinéma, à la télévision et sur les scènes du monde entier. Dans les années 80, elle fit un comeback remarqué avec des megahits comme I Love Men (vidéo), où Eartha Kitt fait plus qu’un clin d’œil aux gays. Produits par Jacques Morali, qui avait lancé les Village People, cette chanson et son clip sont des concentrés d’archétypes d’hommes virils –pompiers, clones moustachus, manœuvres de chantier– et Eartha Kitt les drague effrontément, les uns après les autres, jusque dans les vestiaires d’un sauna men only! À sa sortie, en 1984, le titre devint instantanément un des hymnes de la communauté gay.

Eartha Kitt, dont la carrière avait débuté dans les années 40, est morte le 25 décembre à l’âge de 81 ans. Née en 1927 sur une plantation de Caroline du Sud, Eartha Kitt fait ses débuts au théâtre et connaît le succès au cinéma dès son premier film Casbah (John Berry), en 1948. Mais c’est sa voix très particulière qui la rendit célèbre. Elle enregistre hit après hit (Let’s Do It, Champagne Taste, C’est si bon, Just an Old Fashioned Girl, Monotonous, Je cherche un homme). Elle poursuit une carrière au cinéma, tournant pour Orson Welles ou avec l’acteur Sidney Poitier. Dans les années 50 et 60, elle se produit aussi beaucoup sur scène et à la télévision (des épisodes restés fameux de Batman où elle interprète Catwoman).

Mais en 1968, elle est forcée de s’exiler après avoir condamné la guerre du Vietnam à la Maison Blanche. « Ce n’est pas que le public américain ne veuille pas de moi, expliqua-t-elle plus tard. Mais je ne trouvais plus de travail et même ceux avec qui j’avais des contrats refusaient de me faire travailler ». Son exil dure jusqu’en 1974.

En 1978, Eartha Kitt fait un retour triomphal sur les planches à Broadway dans une comédie musicale, Timbuktu!, où elle explique comment fumer du cannabis.

Dans les années 80, elle est une porte-parole très engagée dans la reconnaissance des droits des gays et elle multiplie les shows pour récolter des fonds pour la lutte contre le sida. Eartha Kitt disait souvent que la communauté homosexuelle l’avait toujours soutenue et qu’elle se devait de faire de même.

Elle fut une des rares personnalités du monde de l’entertainment à être nominée pour les Emmys et les Tonys. Elle a reçu deux Grammys et elle a écrit pas moins de trois autobiographies. Ironie de l’histoire, elle est morte le jour de Noël, alors que sa chanson la plus connue est Santa Baby, sortie en 1953, où elle demande des cadeaux de luxe au père Noël.