Isabelle Georges et son complice Frederik Steenbrink jouent jusqu’à fin décembre le spectacle Une étoile et moi à la Péniche-Opéra à Paris.L’étoile, c’est Judy Garland (l’un de ses plus grands films étant Une étoile est née). Avec l’aide de Frederik au piano et au chant, Isabelle évoque la vie de son idole en chantant, dansant et jouant avec une énergie qui force l’admiration, qui séduira tout autant les amateurs de Garland que les néophytes. Et puis quel répertoire… Difficile de retenir un frisson à l’écoute de The Boy Next Door, Embraceable You ou l’immortel Over the rainbow.

Pour Yagg, Isabelle Georges revient sur son spectacle, mais elle évoque aussi ses projets, qui pourraient bien l’emmener jusqu’à Broadway…

Une étoile et moi a été créé il y a six ans. Comment le spectacle a-t-il évolué depuis?
Il a été créé fin 2002 à l’Espace Kiron. Nous l’avons joué trois mois. À la fin, nous étions satisfaits mais pas totalement. Nous avons déconstruit le spectacle. Nous l’avons repris à l’Opus Café, en version concert. Et petit à petit, nous avons rajouté du texte. Nous l’avons ensuite fait tourner aux Pays-Bas. La fille qui s’occupait de nous nous a suggéré d’aller au festival d’Édimbourgh. Je n’avais jamais entendu parlé de ce festival, alors que c’est le plus grand festival de spectacle vivant au monde— l’an dernier il y a eu 2060 spectacles. Là bas, on a joué Judy and Me— la version anglaise — 26 fois en 26 jours, fait la promo nous-mêmes. Ça s’est extrêmement bien passé. Puis un directeur de théâtre en Angleterre a acheté 40 représentations à la suite de ça. Plus de 6 mois après Édimbourgh, nous avons reçu un coup de fil de la programmatrice du Festival d’Adelaïde en Australie. Nous étions fous de joie.
Le spectacle a bougé à plusieurs niveaux. Les Néerlandais, comme les Français, ne connaissent pas bien Judy Garland. Il leur fallait quelque chose qui soit plus narratif. Les Anglais, c’est l’inverse. J’ouvre à peine la bouche pour chanter que tout le monde chante avec moi. Là, il fallait au contraire quelque chose de plus personnel. Un journaliste avait fait cette remarque à Édimbourgh: « It’s all about Judy, not me » (« On ne parle que du « Judy », pas du « moi »). C’était vrai. J’ai réfléchi. Je me suis demandé pourquoi je faisais ça. Et puis, nous sommes revenus à Paris. Nous avons fait une petite série au mois de septembre, qui s’est très bien passée. Nous faisons quelques dates en cette fin d’année.  Et nous avons trouvé un tourneur. En 2002, à la fin des premières représentations, il n’y avait rien de tout ça. Nous avons gardé le côté personnel de la version anglaise, tout en continuant à raconter la vie de Judy Garland. Ceux qui ne la connaissent pas pourront ainsi découvrir le parcours d’une personne très attachante.

Avez-vous entendu parler des concerts de Rufus Wainwright, qui a repris l’intégralité du live à Carnegie Hall sur scène?
Je suis allée le voir à l’Olympia. Le soir où il était enrhumé. J’adore ce que fait Rufus Wainwright, même en dehors de Garland. Il a une voix super, un phrasé, une personnalité. J’étais déçue parce qu’il était enrhumé, mais c’était un beau projet. Nous travaillons actuellement à une soirée en hommage à Judy au Palace, le 22 juin prochain, l’anniversaire de sa mort. L’idée c’est de faire chanter plein d’invités. Et je rêverais d’inviter Liza Minnelli ou Rufus. On verra ce qui est concrètement possible.

Rufus Wainwright a dit que Judy Garland était la Piaf américaine. Êtes-vous d’accord?
Tout à fait. Nous avons beaucoup employé l’expression pour la promo du spectacle. Quand Judy est venue chanter en France, sa première représentation n’a pas fait le plein. Les gens rechignaient. Et puis ils ont vu le spectacle et la représentation suivante était pleine à craquer. Pour faire passer le mot, c’était plus simple de dire que c’était la Piaf américaine, ça donnait une référence aux français.

Vous accouchez quasiment de Liza Minnelli sur scène. Vous l’aimez autant que sa mère?
Je l’ai vue il y a deux ans à Bruxelles. J’avais entendu beaucoup de mauvaises langues dire qu’elle avait perdu sa voix. Moi, j’ai pleuré pendant tout le concert. Les gens étaient debout après chaque chanson. C’était fantastique. Les performers comme ça, il y en a très peu. Elle est tellement généreuse. Il faut voir ça une fois dans sa vie. J’étais émue à plusieurs titres. Je me suis imaginée comment sa sa mère pouvait être… Ça devait être quelque chose. J’aurais tellement aimé la voir sur scène…

Vous vous définissez comme « performer »…
Dans la French Touch, mon dernier spectacle, j’explique que je suis née dans un pays où le mot « performer » n’existe pas. On a interprète, qui est proche, sans être exact, on a chanteur, danseur, comédien. Il n’y a pas de mot qui réunit les trois. Les Anglais ont ça avec performer. C’est quelqu’un qui danse, qui chante et qui joue. Liza et Judy sont des performers. Streisand aussi, même si elle ne performe pas beaucoup! Ce mot englobe aussi bien un artiste qui sera dans une comédie musicale au service d’une histoire que quelqu’un qui a sa propre personnalité et qui va chanter des chansons, avec un fil rouge, mais qui joue de sa personnalité ou de ce qu’elle est.

Vous ne vous sentez pas un peu seule dans ce registre en France?
Oui et non. Quand j’ai commencé, j’étais un peu seule. Nous sommes de plus en plus. Il y a des filles comme Florence Pelly. Je suis allée voir Grease aussi, j’ai trouvé qu’il y avait une fille fantastique [Amélie Munier]. Le performer, c’est aussi quelqu’un qui n’attend pas forcément qu’on l’appelle pour faire quelque chose. Ça se fait de plus en plus. On ne peut pas que reprendre des spectacles qui existent déjà. Il y a plein de gens qui se bougent. Mais je trouve que la production ne suit pas. Produire une comédie musicale, ou un show de performer, ce n’est pas la même chose.

Vous avez également d’autres spectacles, comme Du Shtetl à Broadway
J’ai rencontré Richard Schmucker, le violoniste, sur le spectacle Et si on chantait… Ivan Levaï m’a proposé de chanter au Théâtre Marigny pour rendre hommage aux Américains lors du débarquement. Il m’a montré le programme et je me suis dit que j’allais chanter Bei Mir Bistu Schein, en yiddish et en anglais. Il y avait  80 musiciens sur scène, donc pas le temps de faire un arrangement. J’ai appelé Richard Schmucker. Le lendemain de la représentation, les téléphones n’ont pas arrêtés de sonner. On nous demandait où nous jouions. Mais nous ne jouions nulle part! C’était juste pour une représentation. Et puis, la responsable d’un festival d’Ile de France nous a invités à voir le documentaire Du Shtetl à Broadway et nous a demandé si nous pouvions créer un spectacle à partir de lui. Évidemment, ça collait tellement à tout ce que nous aimions! Ça parlait de Gershwin, Irving Berlin, Harold Arlen… 80% des créateurs du Songbook Américain sont des juifs d’Europe de l’Est. Les premières comédies musicales étaient créées pour raconter l’histoire de leurs parents… Nous avons fait dix représentations à l’Européen, qui étaient pleines à craquer. Nous rejouons fin janvier pour trois dates et c’est déjà presque plein.
Notre rêve ultime, qui est en train de se réaliser, ce serait de faire le voyage en vrai. Mais ce n’est pas avant deux ans. Nous partirions d’un shtetl à côté de Bucarest ou de Prague, jouer là-bas, puis prendre l’avion pour New York, jouer à Ellis Island où a été créée Rhapsody in Blue et finir au Carnegie Hall. C’est énorme à monter. Mais hyper excitant.