Cette période de fêtes de fin d’année vous déprime? La crise vous fout le bourdon? Heureusement, les guides de survie de Maxime Donzel sont là pour vous remonter le moral.

Après Draguer hors les murs et Survivre à une agression homophobe, notre chroniqueur vous apprend à réveiller la bitch qui est en vous. Max, la connasse? Prenez-en de la graine.

GUIDE DE SURVIE N°3: « ÊTRE CONNASSE »

Dans la vie gay moderne, il faut savoir être un peu méchant. Quand on débarque à gayville, des étoiles arc-en-ciel plein les yeux, c’est un peu flippant de se retrouver cerné par autant de connasses à la langue de pute bien pendue qui te démontent ton look en trois secondes juste parce que tu es plus belle qu’elles. On a parfois l’impression qu’on n’arrivera jamais à s’y habituer, qu’il vaudrait mieux retourner dans ce placard dans lequel tout le monde était si aimable. Mais n’abandonne pas! Si comme moi tu es un vrai gentil à la base, suis ce guide étape par étape et tu deviendras la reine des connasses.

OBTENIR LES BASES

Ne te jette pas direct dans la gueule du loup, tu vas perdre. Commence ton apprentissage par ressentir le plaisir discret de compliquer la vie des autres, sans que ça se voit que tu le fais exprès pour les faire chier. Par exemple, dans le métro, tiens la porte de sortie à quelqu’un qui approche mais qui est suffisamment loin. Normalement, il devrait accélérer le pas, voire courir, pour que tu n’aies pas à tenir la porte trop longtemps. Quand il arrive à la porte, fait une petite moue exaspérée au moment où il s’excuse.

Autres idées: baisser la chaise de bureau d’un collègue pendant qu’il est aux toilettes, dénoncer un ex au fisc, conseiller à un ami d’aller voir au théâtre Ma femme est parfaite en prétextant qu’il y a un sous-texte homosexuel révolutionnaire et anticlérical, verser un peu de lait derrière le canapé d’une connaissance (au bout d’une semaine, ça pue, et c’est invisible).

MAÎTRISER LE « PASSIF AGRESSIF »

Si chez nous elle fait plutôt penser à la position du « Tourniquet Breton », cette expression américaine décrit la tendance à cacher des ressentiments derrière une formulation sympathique. Par exemple: « Non ça m’embête pas du tout que tu t’incrustes à mon dîner, je ferai juste la vaisselle jusqu’à trois heures c’est tout. Non je ne veux pas que tu m’aides, ça me fait vraiment plaisir que tu viennes. Apporte quand même du pain au cas où on n’a pas assez à manger pour tout le monde ». L’idée étant bien sûr de provoquer une certaine culpabilité chez ton interlocuteur, pour qu’afin de se racheter, il te rapporte du champagne, du foie gras, un iPhone, et qu’il te suce après le dessert.

RÉVISER LES CLASSIQUES

Ta nouvelle bible: Mean Girls (Lolita malgré moi).

« – Wow, tu es très jolie.
– Oh merci!
– Ah bon tu es d’accord? Donc tu te trouves super jolie c’est ça? Prétentieuse. »

Regarde, écoute, apprend par cœur. Quand tu n’en peux plus, que tu veux abandonner, petit scarabée, donne-toi une claque, ferme ta gueule, et recommence. Je veux voir tes yeux saigner. Autres suggestions de révisions: Cristal Connors dans Showgirls, tout le monde dans All About Eve, Mark et Amanda dans Ugly Betty, Jack et Karen dans Will & Grace (en VO uniquement!), Krystle et Alexis dans Dynasty. Respecte tes nouvelle idoles, tu peux même leur élever un autel dans ta chambre avec des petites bougies.

Arrête de regarder des films de gentils, chie à la gueule d’Audrey Hepburn et Meg Ryan. Brûle ton DVD de Little Miss Sunshine en criant en boucle cette incantation: « Cette petite fille est grosse et laide et ses lunettes me donnent des montées gastriques! Cette petite fille est grosse et laide et ses lunettes me donnent des montées gastriques! ».

AVOIR UN « ENTOURAGE »

Le secret de la vraie connasse réside dans son entourage. Trouve-toi une ou deux idiotes qui riront à tes blagues même si elles sont pourries. Tu peux t’en servir pour t’entraîner, en les rabaissant sans cesse, en privé d’abord, puis en public quand tu commences à être à l’aise. Comme ça, une fois que tu es prêt à passer aux choses sérieuses, ton entourage sera ravi de ne plus être victime et rira d’autant plus fort, par soulagement. De temps en temps, il faudra les détruire à nouveau pour qu’elles n’oublient pas qui est le chef. Donne-leur aussi un ou deux trucs un peu nuls à faire quand tu viens de casser quelqu’un, comme claquer des doigts en disant « Snnap! » ou « Touché coulé! » ou « Ramasse ta face ma fille ».

APPUYER LÀ OÙ ÇA FAIT MAL

Il est temps de passer au monde frontal. Choisis bien ta cible, commence par une idiote timide, n’essaie pas de te mesurer aux maîtres. La clé c’est d’appuyer là où ça fait mal, de manière indirecte. Ta victime est mince? Ça veut dire que son poids l’obsède. Ne lui dis pas « Tu es grosse », dis-lui « Ah tu es là, le Bears’ den était fermé? ». Ta victime a une coiffure très élaborée avec une longue mèche devant? Ça veut dire qu’elle est en train de perdre ses cheveux. Ne lui dis pas « Tu es presque chauve », dis-lui « C’est sympa le look John McCain, moi j’aurais pas osé ». Ta victime porte toutes les fringues à la mode du jour? Ça veut dire qu’elle n’a pas de goût. Ressors l’étiquette de son col en lui expliquant que tant qu’à tenter le look « Je fais pas gaffe à c’que je porte », autant être cohérent.

OUBLIER LA COMPASSION

À l’instar de mon idole de connasserie, une amie dont le surnom est « jetehais », il faut savoir résister au réflexe de la compassion. Quelqu’un se prend les pieds dans un tapis et se ramasse par terre de tout son long? Ne lui demande pas si ça va en te précipitant pour l’aider. Fais-lui plutôt remarquer que normalement quand on boit autant que lui on tient mieux l’alcool. Un autre ami vient de se faire larguer? Ne lui propose pas une soirée « chocolat chaud et Love, Actually ». Rappelle-lui simplement qu’un passif + un passif, ça ne fera jamais un couple actif.

APPRENDRE À RÉPONDRE

Mon problème à moi, comme celui de beaucoup de gentils, c’est que quand on me dit une méchanceté, je suis tellement blessé que je n’arrive pas à répondre autre que chose que « Ah ouais?… et bein… euh…, euh… jt’emmerde ». Si tu as aussi ce problème, entraîne-toi à avoir des réponses-types, qui collent à tout, et que tu peux enchaîner directement, malgré ton désarroi face à une agression inattendue. Exemple: « Excuse-moi, je t’ai pas entendu, j’étais distrait par les motifs immondes de ta chemise, ça me fait mal aux yeux ». Une suggestion de Karen Walker: « Le ton que tu emploies indique une tentative d’humour mais elle semble avoir été compromise par un manque flagrant de syntaxe, tu veux bien la refaire, ça avait l’air… amusant? ». Une fois que tu auras pris un peu d’aisance, tu pourras t’engager dans de vrais duels de connasses, en utilisant « l’agression contextuelle » qui vise à retourner contre ton opposant son attaque (et pas en disant « miroir incassable », idiote).

PENSER GLOBAL

« Jetehais » me signalait l’autre jour une blague récurrente du travesti Charles Pierce où il demande une cigarette à un mec, puis lui rejette méchamment au visage en criant « ALLUMÉE! ». Il faut savoir être globalement désagréable. Tu dois te convaincre que tu es sublime, que tu ne mérites que l’admiration la plus totale de tes pairs, et que chaque personne qui ne te donne pas le respect impérial auquel tu as droit, mérite de se faire mettre le nez dans son caca. Tu dois inspirer la peur, la stupeur, la terreur. N’hésite pas à dévisager les gens avec dégoût, à soupirer quand on te raconte une histoire, voire les interrompre en criant « Overshare! ». Donne des surnoms pas sympas, comme « la lépreuse » à ton ami peu gâté par la nature ou « le boucher de Belleville » à ton ami qui pratique le fist. Débrouille-toi pour que ça prenne, et que ça leur colle à la peau.

ASSURER SES ARRIÈRES

Tu vas vite te faire repérer par les connasses résidentes qui ne verront pas d’un bon œil la compétition débarquer sur leur territoire. Renseigne-toi sur elles pour connaître leur point faible. Allez, je t’aide, c’est facile: c’est l’alcool. Bois moins qu’elles et tu auras une longueur d’avance. Attends de les voir légèrement titubantes et tu n’auras plus qu’à leur faire remarquer que leur col pelle à tarte te rappelle les défilés de l’an dernier pour les voir chuter. Les connasses qui ne boivent pas sont très dangereuses, et si en plus elles ne baisent pas, elles peuvent être létales. Une seule solution: t’en faire des amies. Comme elles ne baisent pas, elles ne te piqueront même pas tes plans.

QUOTA LESBIEN

Attention: malheureusement, ces conseils ne s’appliquent pas au milieu lesbien. Si tu es lesbienne et que tu suis ce guide, tu risques de te retrouver vite fait à l’hôpital, car la réaction la plus commune à une attaque verbale chez les gouines est la bouteille cassée sur la tête (c’est vrai que c’est très efficace). Si malgré tout tu veux tenter l’aventure, apprends d’abord à éviter les coups, entraîne-toi avec une machine à balle de tennis par exemple, ou dans un stage avancé de ballon prisonnier. Si tu traînes avec des pédés, tu peux y aller, et profite de leur faiblesse: la peur des femmes. Attaque-toi en priorité aux « look hétéros-folles s’abstenir » en leur relevant le poignet qu’ils avaient baissé sans s’en rendre compte, et en leur proposant un stage de comportement viril.

Enfin, après tout ça, si tu n’y arrives toujours pas, laisse tomber, reste gentil, et écris des chroniques méchantes.


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