Christelle Olivier est la présidente de L'Egide, la Maison régionale des associations lesbiennes, gays, bi et trans du Nord-Pas de Calais. Depuis l’arrêt de la Cour de cassation qui a blanchi Christian Vanneste (lire ici), elle essaye, non sans mal, de mobiliser. Elle s'en explique à Yagg.


Quand
L'Egide a-t-elle été créée et quelles sont ses missions?
L’Egide a été déclarée en préfecture en septembre 2007, mais son lancement officiel remonte au 12 janvier 2008 lors de l’inauguration de nos locaux du 202, rue nationale, à Lille. Notre confédération regroupe aujourd’hui 23 associations, c’est du jamais vu dans le Nord-Pas-de-Calais. L’Egide a pour fonction d’héberger les associations LGBT de tous types, d’apporter un appui logistique et technique aux associations, de fédérer et de coordonner des actions inter-associatives sur tout le territoire régional, de favoriser une réflexion collective et de développer les partenariats. La Maison est ouverte cinq jours par semaine. Nous sommes maintenant les référents de la ville de Tourcoing en matière de lutte contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre, un pied de nez à Christian Vanneste, surtout quand on sait qu’il n’y avait aucune visibilité associative LGBT à Tourcoing avant nous.

Justement, quelles actions avez-vous menées depuis que Christian Vanneste a été blanchi par la Cour de cassation?
Nous étions consternés par cette décision incompréhensible et qui va à l’encontre des droits de l’homme: « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ». Comment pouvons-nous être égaux en dignité si on nous considère comme inférieurs? Quelle tristesse et quelle honte pour la justice de notre pays! Faire un communiqué de presse était comme un service minimum. En effet, le fait que le député Christian Vanneste soit dans notre "circonscription" nous donnait de fait une certaine légitimité à agir de façon plus forte. C’est de là qu’est venue l’idée d’un rassemblement pacifique (photo), le samedi 29 novembre, place de la République à Lille, avec une prise de parole des militants associatifs et des élus. Ce rassemblement a été organisé conjointement avec L’Egide et la Lesbian et Gay Pride de Lille.

Vous avez lancé une pétition. Quel en a été l'écho, combien de signatures avez-vous recueillies, qui a signé?
Nous avons obtenu en 15 jours 511 signatures d’individuels et nous sommes un peu déçus par le nombre. Mais nous avons 32 organisations signataires dont des grandes associations nationales comme l’APGL, Family Gay, la Confédération Nationale du Logement, Flag! ou encore le Gai Moto Club. Dire que nous sommes indignés, c'est bien, mais le faire savoir, c'est mieux. Et nous comptons justement utiliser notre liberté d'expression pour le faire savoir. Se taire et ne pas agir est à notre avis la pire des solutions car ce serait donner un blanc-seing aux homophobes. Lorsqu'on arrive à la gare de Lille, il est indiqué: "Ne l'oubliez jamais: celui qui laisse se prolonger une injustice ouvre la voie à la suivante (Willy Brandt)". Cette phrase résume à elle seule l’esprit même de cette pétition.

La mobilisation des gays et des lesbiennes vous paraît-elle insuffisante?
Nous n’étions qu’une cinquantaine de personnes réunies parvis des droits de l’homme à Lille à braver le froid. Néanmoins, de nombreux élus de la ville de Lille, de la ville de Tourcoing, du département et de la région étaient présents avec nous. Il faut bien remarquer cette implication de la ville de Tourcoing auprès des associations LGBT de L’Egide. C’est vraiment un message très fort adressé à Christian Vanneste pour rappeler que la ville de Tourcoing ne cautionne pas ses propos. Beaucoup d’élus ont pris la parole ce jour-là pour dénoncer avec nous les dérives de la liberté d'expression et marquer leur solidarité.

Propos recueillis par Christophe Martet

La pétition "Dénoncer les dérives de la liberté d'expression" lancée par L'Egide est en ligne ici.