Dans les jours qui viennent, à l'initiative de la France, un énoncé conjoint sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre sera présenté à l'Assemblée générale des Nations unies. À l'origine de cette première historique, Louis-Georges Tin, président du comité Idaho. Il s'en explique à Yagg.

Que dit précisément la proposition de la France?
En 2006, au
nom du comité Idaho (International Day Against Homophobia), j’ai lancé
un appel pour une dépénalisation universelle de l’homosexualité. Ce
texte a été signé par des personnalités du monde entier: plusieurs prix
Nobel (comme Monseigneur Desmond Tutu, Elfriede Jelinek, Amartya Sen,
José Saramago, Dario Fo), de nombreux artistes (comme Meryl Streep,
Victoria Abril, Cyndi Lauper, Elton John, David Bowie), des
intellectuels (comme Judith Butler, Noam Chomski, Bernard-Henri Lévy),
des femmes et des hommes politiques de tous pays. Par la suite, nous
avons sollicité le gouvernement français, en lui demandant de porter ce
texte au niveau des Nations unies. Il a accepté de nous soutenir, et
cela sera fait dans quelques jours à New York. Il s’agit donc d’une
Déclaration qui sera lue à l’Assemblée Générale, au nom de tous les
pays signataires, texte solennel qui plaide pour l’abolition de toutes
les lois désignant comme criminelles les personnes homosexuelles ou
transsexuelles, et ce texte se fonde principalement sur la Déclaration
universelle des droits de l’homme, dont on fête en ce moment le 60e
anniversaire.

Pourquoi est-ce important?
C’est une première historique. C’est la première fois qu’il y a à l’Assemblée générale des Nations unies une déclaration sur l’homosexualité et l’identité de genre. Le caractère solennel du texte, son ambition universelle, le symbole que constitue l’Assemblée générale, sont autant d’éléments forts qui n’ont pas échappé au Vatican, lequel a évidemment lancé une contre-campagne tout à fait odieuse. Je crois d’ailleurs que les catholiques libéraux du monde entier devraient réagir, et montrer leur désapprobation, pour montrer que le Vatican n’est pas la voix de tous les catholiques, Dieu merci! Or, il y a dans le monde plus de 80 pays où l’homosexualité est passible de poursuites pénales, et dans une dizaine de nations, la peine de mort est applicable, sans parler des discriminations, vexations, violences physiques ou morales qui s’exercent partout, le plus souvent dans une parfaite impunité. Il est donc important d’agir pour expliquer que l’orientation sexuelle et l’identité de genre sont des libertés fondamentales, pour expliquer surtout qu’elles s’inscrivent naturellement dans le cadre de la Déclaration universelle de 1948.

N'est-ce pas paradoxal qu'elle soit portée par la France alors que les droits LGBT y stagnent?
En un sens, oui. Je regrette pour ma part que les questions du mariage et de la parentalité n’avancent pas en France, et je considère que le refus de l’égalité des droits en la matière, c’est le principe même de l’homophobie. Cela dit, le 17 mai dernier, par la voix de Rama Yade, le gouvernement français a annoncé non seulement qu’il porterait notre combat aux Nations unies, mais aussi qu’il reconnaissait officiellement la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie. Dès lors, nous avons souhaité qu’un contenu effectif soit donné à cette reconnaissance, ce qui a été accepté. Une coordination interministérielle est en train d’être mise en place. Le but est de faire en sorte que tous les ministères concernés prennent des initiatives en coopération avec les associations pertinentes dans le cadre de la Journée Idaho, et que cela se fasse de manière régulière, chaque année. En effet, la lutte contre l’homophobie ne peut pas être sous-traitée complètement aux associations (qui font déjà beaucoup avec peu de moyens, et ne peuvent pas tout faire). Il faut que l’État en prenne sa part. Évidemment, nous avons peu d’espoir sur la parentalité et le mariage, mais sur d’autres dossiers comme la question trans ou le suicide des jeunes, nous essaierons d’obtenir des progrès significatifs avec l’aide des associations LGBT. Il est trop tôt pour dire quelle sera l’issue de tout cela, et je vous en dirai plus dans quelques mois. Dans ces conditions, nous critiquons le gouvernement pour son refus d’avancer sur la question des familles, ce que nous déplorons, mais nous reconnaissons aussi que cette Déclaration constitue une avancée historique, et nous saluons à cette occasion le travail fourni par Rama Yade et tout son cabinet. Et surtout, nous tenons à saluer celles et ceux qui nous ont fait confiance, et qui nous ont soutenus depuis le début, citoyens, citoyennes, associations, syndicats, partis politiques, etc. Sans eux, rien n’eût été possible…

Propos recueillis par la rédaction

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