Depuis son élection à la présidence de la République, Nicolas Sarkozy a construit une bonne partie de son discours et de son action sur le "bon sens".

Hier, à la veille de la Journée mondiale contre le sida, deux membres de l'UMP, le Pr Philippe Juvin, Secrétaire national de ce parti et Michel Hannoun, Président de la Fédération UMP des métiers de la santé, lui emboîtent le pas et demandent, dans une mesure qui apparaît "de bon sens", la mise en vente libre des "kits de dépistage du sida". Leur approximation — on ne dépiste pas le sida mais le VIH — pourrait faire sourire, si le sujet n'était pas aussi sérieux.

Non, les autotests ne sont pas la réponse adaptée pour ceux qui
ignorent encore leur séropositivité. Non, le fait de savoir qu'un test
existe ne va pas conduire toutes celles et ceux qui sont séropositifs
sans le savoir à se ruer dans les pharmacies pour s'acheter un kit de
dépistage. Non, Messieurs, il ne s'agit pas comme vous l'écrivez
d'inciter "les Français à faire preuve de plus d'autonomie et de
responsabilité dans la gestion de leur santé".

Il existe des tests biologiques pour un très grand nombre de maladies, beaucoup moins graves que l'infection par le VIH, et pourtant, ces tests ne sont pas en vente libre. De très nombreuses infections sexuellement transmissibles peuvent avoir des conséquences très graves et pourtant leur dépistage ne s'effectue pas par des autotests. Et c'est aussi bien comme ça.

Il existe en France des professionnels dont la santé est le métier et en qui nous pouvons avoir confiance. Les médecins biologistes, le médecin de famille, les professionnels de santé communautaire ont un rôle à jouer dans le dépistage du VIH. Sans doute faut-il faire mieux, même si la France est un des pays où on dépiste le plus avec plus de 5 millions de tests de dépistage l'an dernier. C'est aujourd'hui une bonne chose que les tests à réponse rapide soient progressivement mis en place (lire notre article). Et je ne puis qu'être d'accord avec Jean-Luc Romero qui, hier, sur son blog, préconisait que la mise en place de ces tests à réponse rapide, effectués par des professionnels, soit "généralisée au plus vite". 

Car le rôle des professionnels ne se limite pas à prélever. Il existe encore des recommandations en matière de dépistage et la principale est que le test doit s'accompagner d'une discussion pré et post test. Pourquoi? Parce que la démarche qu'un homme ou une femme entreprend pour connaître son statut vis-à-vis du VIH est très importante et elle ne doit pas être banalisée. Pour mettre toutes les chances de son côté, la personne qui vient accomplir un test doit être bien informée et accompagnée. Si le test est négatif, afin de tout faire pour qu'elle le reste. S'il est positif, pour lui expliquer tous les bénéfices qu'elle peut tirer d'une prise en charge volontariste. L'annonce d'un résultat, positif ou négatif, n'est jamais banale.

Depuis 2007, ce gouvernement n'a pas fait preuve de beaucoup de volontarisme en matière de lutte contre le sida. La situation des malades s'est dégradée avec la mise en place des franchises. Sur le terrain de la communication, vous vous souvenez d'avoir vu récemment une campagne?… Et début novembre, la France a été parmi les pays qui ont fait pression lors du récent conseil d'administration du Fonds mondial pour baisser les aides accordées aux pays pauvres en matière de lutte contre les trois maladies, le sida, le paludisme et la tuberculose. Yagg vous en a parlé ici et ici.

Surtout, cette proposition de l'UMP se heurte à quelque chose qui est bien plus fort que le bon sens et qui s'appelle le déni. Depuis 1984, combien d'hommes et de femmes ai-je vu ne pas se faire dépister et  tomber malades et mourir du sida, alors même qu'une prise en charge adaptée existe et que depuis 1996, les traitements permettent de contrôler la progression de l'infection par le VIH? Ce n'est pas parce que des kits de dépistage seraient mis en vente libre que les 36000 séropositifs qui ignoreraient leur séropositivité se feraient dépister. On peut déplorer que tout le monde n'ait pas le "bon sens" de comprendre que la connaissance de la séropositivité est un plus.

Nous connaissons les freins au dépistage, et ils sont surtout d'ordre psychologique, pas technique. Peur de la révélation, peur de la maladie, peur que ça se sache, peur par rapport à l'entourage, peur que son employeur ou son assureur le découvre. Oui, les discriminations existent encore, et la première d'entre elles est que le séropositif sait que sa vie ne sera plus jamais comme avant, qu'il devra vivre avec "ça". Car contrairement à une idée reçue, on ne guérit pas le VIH.

Enfin, les études scientifiques montrent que la fiabilité de ces autotests n'est pas parfaite et selon le Conseil national du sida, qui a émis un avis contre la mise en vente libre des autotests, il serait dangereux de laisser des tests insuffisamment fiables circuler.

Il y a quelques jours, la ministre du logement Christine Boutin proposait que l'on mette de force les SDF à l'abri quand la température descend en dessous de -5°C. Aujourd'hui, l'UMP voudrait nous faire croire qu'un test en vente libre serait la réponse adaptée à l'épidémie.

Il devrait exister des tests de la fausse bonne idée. Assurément, à ce test-là, Christine Boutin et l'UMP gagneraient haut la main.

Christophe Martet