En quoi consiste l’essai Ipergay qui va être mené sous l’égide de l’ANRS ?

L’essai Ipergay (Intervention préventive de l’exposition aux risques par et pour les gays) vise à mesurer l’efficacité d’un « pack » de prévention offert à des gays ou HSH séronégatifs à réduire leurs risques d’être contaminés par le VIH, qui comprendra une combinaison de deux antirétroviraux (tenofovir et emtricitabine) prise avant et après des relations sexuelles. Les résultats dont on dispose portent sur une prise quotidienne de ces médicaments ; Ipergay prévoit que les personnes les prendront « à la demande », en fonction de leur activité sexuelle et de leurs prises de risque prévisibles. Les participants seront répartis par tirage au sort en deux groupes, et ne sauront pas dans quel groupe ils sont. Ils rencontreront tous les deux mois une équipe, qui leur proposera la vaccination contre les hépatites A et B, un dépistage du VIH, un dépistage un diagnostic et un traitement des autres IST, un entretien de prévention, et bien sûr des capotes et du gel. En plus, un groupe recevra cette bithérapie, l’autre un placebo, c’est-à-dire des comprimés d’aspect identique mais ne renfermant pas les principes actifs. Chaque participant restera inclus dans l’essai en moyenne deux ans, sauf bien sûr s’il décide de quitter l’essai, ce qui est possible à tout moment. Des médecins, des infirmiers et des militants associatifs (en particulier issus de AIDES) accompagneront les personnes tout au long de l’essai. La différence entre le nombre de contaminations dans les deux groupes permettra d’évaluer l’effet protecteur (ou non) du dispositif.

Quelles sont les prochaines étapes du travail sur Ipergay?
La phase d’évaluation de la faisabilité de l’essai débutera après l’été 2011. Elle se tiendra à Paris, à Lyon et peut-être à Montréal, et aura pour but de recruter 500 personnes à l’échelle de 12 ou 18 mois. Si la faisabilité est démontrée, c’est-à-dire s’il est possible de recruter tant de personnes dans cette première phase, l’essai entrera dans sa second phase, où il faudra recruter presque 1500 personnes de plus – y compris peut-être dans d’autres pays européens. C’est énorme et cela n’a jamais été fait en Europe ou au Québec – pour mémoire, l’essai international iPrEx (le premier essai évaluant l’efficacité d’une PrEP chez des gays) avait recruté 2500 personnes dans six pays. Depuis que nous avons publié le rapport de restitution de la « consultation communautaire » menée sur l’essai, en janvier, nous avons obtenu de l’ANRS qu’elle s’engage dans un dialogue avec les associations de lutte contre le VIH/sida et les associations gays/LGBT, ce qui était une des recommandations de la consultation. Cela s’est traduit par une première réunion d’information organisée le 5 mars à Paris, et qui a réuni une cinquantaine d’acteurs associatifs (voir le compte-rendu qu’en a publié Yagg). D’autres devraient suivre, à Paris ou en régions, car cette première n’a pas permis de répondre à l’ensemble des questions et des préoccupations. Or, il est essentiel que les chercheurs qui ont élaboré et qui vont mener IPERGAY se plient à un exercice de pédagogie sur l’essai. Depuis mars, le « Comité associatif » de l’essai IPERGAY a été mis en place. IPERGAY est le premier essai pour lequel l’ANRS met en place une instance de ce type, qui est inédite dans sa composition (associations de lutte contre le VIH qui ne travaillent pas habituellement sur la recherche, mais aussi associations gays, nationales ou locales) et dans les missions qu’elle va avoir. Les premières missions du Comité associatif devraient être de discuter du protocole de l’essai avant sa finalisation, qui inclut le schéma de participation et l’accompagnement des participants, ainsi que du dispositif d’information et de communication, puis du dispositif de recrutement. L’enjeu de l’information est essentiel, car il est directement lié au consentement éclairé Il revient à l’ANRS de donner les moyens à ces associations de mener à bien les missions qui le C’est aujourd’hui à l’ANRS de redoubler d’efforts pour que les enjeux et les limites de l’essai soient compris. Si cela n’est pas fait correctement, l’essai sera compromis car les associations entourant les participants (dont le TRT-5), n’accepteront pas que les gays s’engagent dans ce processus sans un consentement éclairé.

Merci au TRT-5 pour nous avoir fourni l’essentiel de ces informations.